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Annecy 2016

Les ingrédients pour un festival réussi

mercredi 6 juillet 2016 par Melen Bouëtard-Peltier CC by-nc

Alors que la dernière édition du Festival international du film d’animation d’Annecy (FIFA, pour les intimes) s’est achevée il y a un peu plus de deux semaines, l’heure de faire les comptes est arrivée. Et encore une fois, le bilan est largement positif pour cette manifestation qui s’est affirmée comme un événement majeur dans le paysage du cinéma d’animation et plus largement du septième art. La question se doit alors d’être posée : quelle est donc la recette d’une telle réussite ? Après y avoir participé de l’intérieur à trois reprises, je pense avoir peut-être trouvé ce qui fait le charme et la magie de ce festival pas tout à fait comme les autres.
Pour un festival aussi cool que celui d’Annecy, il vous faut...

1. Du beau temps


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Alors, ok, sur ce point, on est moqueur. Car pour avoir du soleil, cette année, mieux valait ne pas s’aventurer du côté de nos montagnes haut-savoyardes. Malgré quelques éclaircies courageuses, les festivaliers auront surtout connu du vent, des averses et des températures indignes d’un mois de juin. Pas si grave, me direz-vous : les films, on les voit au cinéma, dans les salles. Pas faux… sauf quand l’une des réjouissances du dit festival a lieu en plein air !

En effet, pour une grande partie du public, le Festival d’Annecy c’est avant tout les fameuses projections sur écran géant, le soir à la tombée de la nuit. D’ordinaire (comprendre : les autres années, quand il fait beau, un temps d’été quoi), festivaliers et Annéciens se retrouvent pour des projections de films qui raviront petits et grands, néophytes et amateurs chevronnés. Donc forcément, cette année, les projections en pleine air ont dû composer avec la météo capricieuse et jongler entre les averses… ce qui n’a pas empêché certains de regarder L’Âge de glace depuis l’intérieur de leur tente, qu’ils avaient installé sur le Pâquier !

2. Une belle programmation

Bien évidemment, les films projetés expliquent en grande partie le succès du festival. Annecy, c’est tout simplement le plus gros festival dédié au cinéma d’animation au monde ! Tout le monde dans le milieu de l’animation se doit d’être à Annecy, forçant la comparaison implicite avec le festival de Cannes, et impliquant donc assez logiquement une programmation systématiquement de grande qualité.


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Pour les quelques retours que j’ai pu en avoir, il semble cependant que la compétition officielle de cette année était légèrement en deçà des sélections antérieures, et notamment celle de l’année dernière, qui nous avait proposé un excellent cru (Avril et le monde truqué, Tout en haut du monde, Adama, Mune, Miss Hokusai…). Pour l’édition 2016, on pourra toutefois retenir deux noms : Ma Vie de Courgette et La Jeune fille sans mains, sur lesquels on reviendra plus loin.

Côté court-métrages, beaucoup de réussites parmi les films projetés en compétition ; on imagine bien le casse-tête pour le jury qui a dû n’en retenir qu’un seul pour l’attribution du Cristal... Et si la compétition n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses, il vous restait toujours la possibilité de sortir des sentiers battus en allant voir les nombreuses œuvres proposées hors-compétition. Mentionnons de beaux long-métrages (The Anthem of the Heart, Bilal) ainsi que des programmes spéciaux dédiés à l’animation française, à l’animation publicitaire, etc.

3. Des rencontres, des événements


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Que serait le plus grand festival d’animation au monde sans son lot d’événements incontournables, ces grosses séances pour lesquelles les festivaliers sont capables d’attendre des heures sans même être sûrs de pouvoir pénétrer dans la salle ? Le festival proposait cette année encore un grand nombre d’avant-premières très attendues. La Tortue rouge, de Michaël Dudok de Wit, nouvelle production des studios Ghibli, projetée en ouverture le lundi soir. Comme des bêtes, d’Illumination Entertainment (les studios à qui l’on doit notamment Moi, moche et méchant). Quant au Monde de Dory, les festivaliers ont eu l’occasion de le voir le vendredi, quelques jours avant sa sortie nationale...

Annecy, c’est aussi l’opportunité de voir les premières images de long-métrages pas encore sortis voire pas encore achevés, en work in progress : c’est le cas du dernier Âge de glace (nous en sommes au numéro 5, rappelons-le), ou du prochain Disney, Moana (ou Vaiana en français, titre dont l’un des deux réalisateurs, Ron Clements, présent pour l’occasion, avait tant de mal à se rappeler, générant d’agréables fou-rires dans la grande salle de Bonlieu).

C’est aussi l’occasion de rencontrer le réalisateur Guillermo del Toro (Le Labyrinthe de Pan), le compositeur césarisé Bruno Coulais, ou encore l’équipe des Kassos, websérie qui parodie nos dessins-animés préférés et gros succès sur la toile. Les abords du lac ont aussi vu cette année leur sol foulé par certains invités de marque ; peut-être même que certains d’entre vous ont eu l’occasion d’apercevoir le Président François Hollande ainsi que la ministre de la Culture Audrey Azoulay, de passage pour une visite éclair sur le festival…

4. … et des séances plus intimistes


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Que les cinéphiles exigeants, agoraphobes et allergiques à ces séances bondées se rassurent : le festival d’Annecy, ce n’est pas que Disney, L’Âge de glace et autres Minions. L’une des grandes forces du festival reste justement d’allier séances événements et projections plus modestes. En dehors d’un film comme Ma Vie de Courgette qui a bénéficié d’un très bon bouche à oreille, d’autres long-métrages en compétition ont su trouver leur public et ravir les curieux qui étaient allés les voir (on songe notamment à 25 April ou Psiconautas).

Et pour les plus sauvages, ceux qui veulent vraiment fuir les foules hystériques, La Turbine et de la MJC Novel s’affirment chaque année comme une excellente option : les films projetés y sont les mêmes qu’à Pathé, la foule et le stress en moins, le calme et la convivialité en plus. Se rendre à une ou deux séances dans ces salles permet de s’octroyer une bouffée d’air revigorante, en offrant la possibilité de s’éloigner quelques temps de la frénésie du festival.

5. Une ambiance de folie

Si vous êtes déjà venu sur le festival, les petits rituels qui précédent chaque projection ne vous ont sans doute pas échappés. Dans la demi-heure qui précède le lancement de la séance, alors que la salle se remplit peu à peu, c’est à qui réussira le mieux à faire planer son avion en papier au-dessus des rangées de festivaliers. Le but ultime reste de l’envoyer sur la scène devant l’écran : tonnerres d’applaudissements garantis pour les meilleurs lanceurs, qui seront couvert de gloire éphémère (mais néanmoins très appréciable, ne sous-estimez pas la difficulté de l’exercice !).


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Vient ensuite le teaser du festival. Et chaque année, c’est la même histoire : « LAPIN ! » s’écrient les festivaliers au moment où le lapin, mascotte du festival, fait son apparition à l’écran. Ensuite, alors que les lumières s’éteignent doucement, il y a toujours ce festivalier qui scande le fameux « ÇA VA FAIRE TOUT NOIR ! ». Et aux autres de lui répondre d’une même voix « TA GUEULE ! », rejouant ainsi à chaque séance la célèbre réplique du film RRRrrrr ! d’Alain Chabat. Et alors qu’il fait effectivement tout noir, que le film va commencer, ces quelques secondes de silence sont entrecoupées par des bruits d’animaux (plus ou moins reconnaissables) que poussent les spectateurs survoltés.

Autant de petites habitudes que l’on retrouve d’années en années et qui font d’Annecy le festival avec le meilleur public du monde, où l’ambiance bonne enfant qui y règne n’a d’égal que la bonne humeur générale et le plaisir d’entendre toutes ces langues dans les rues d’Annecy, qui en l’espace d’une semaine se transforme en une ville cosmopolite, polyglotte et peuplée de festivaliers, reconnaissables aux badges qu’ils arborent fièrement autour de leur cou.

6. Une bonne organisation

Si on revient à des choses plus matérielles, qui dit événement d’envergure dit organisation sérieuse et efficace. Si le festival d’Annecy est un succès et que les gens y reviennent toujours plus nombreux, c’est en partie grâce à l’accueil toujours chaleureux et souriant des bénévoles et membres de l’équipe du festival.

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Il y a maintenant trois ans, le festival expérimentait un nouveau mode de fonctionnement de la billetterie : à l’heure du numérique et de la dématérialisation, fini les tickets traditionnels, et place à l’accréditation unique que les bénévoles scannent désormais à l’entrée des salles, armés de leurs fidèles iPod.

Si les premières années le système a bien sûr connu quelques failles, tout semble maintenant bien rodé du côté de l’organisation et assimilé par les festivaliers, qui ont compris le fonctionnement des réservations en ligne et des différentes files d’attente. Il y aura toujours quelques grincheux, déçus et énervés de ne pas avoir pu accéder à la séance qu’ils étaient persuadés d’avoir réservé… Mais appréciez plutôt l’efficacité de l’organisation, capable de remplir la grande salle de Bonlieu (949 places) ou de lancer trois séances de manière simultanée toutes les heures (au cinéma Pathé) en un temps record !

7. Un beau palmarès… et une belle soirée de clôture


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Enfin, un bon festival, c’est aussi une belle clôture, avec un beau palmarès qui saura couronner les œuvres qui nous ont transportées. Cette année encore, les films marquants de la semaine y figurent : Ma Vie de Courgette, succès incontesté du festival, qui aura séduit à la fois le jury et le public puisqu’il repart avec le Cristal du long-métrage et le Prix du public. Des récompenses d’ailleurs largement méritées pour ce film de Claude Barras qui avait déjà enchanté Cannes en mai dernier. Assurément, l’histoire de ces enfants placés en foyer d’accueil (pour des raisons très variées, entre parents drogués ou expulsés du territoire français), racontée avec humour et sans pathos, saura émouvoir les spectateurs lors de sa sortie en salles en octobre prochain.

Le jury a également eu la bonne idée de mentionner au palmarès La Jeune fille sans mains, premier film de Sébastien Laudenbach, qui reprend un conte méconnu des frères Grimm en l’illustrant sous la forme de quelques traits de pinceaux, qui suffisent à eux seuls à donner vie à cette histoire universelle, où un père accepte de couper les mains de sa fille et de la troquer contre une rivière d’or et une richesse éternelle.

Comme chaque année, la semaine se referme sur la soirée de clôture, à l’Impérial. La pression redescend, le festival est terminé, membres de l’équipe du festival, bénévoles, réalisateurs et autres invités se retrouvent en un même lieu pour fêter un festival réussi, dans la joie et la bonne humeur (et l’alcool). Car un festival c’est surtout, et avant tout, cela : une fête, à laquelle on revient chaque année, avec toujours autant d’excitation et d’envie. A l’année prochaine !

Rédigé avec l’aide d’Andréa Massimi

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