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Festival d’Annecy 2018

Anomalisa

vendredi 15 juin 2018 par Olivier Dutertre CC by-nc

Au survol du programme, le nom de Charlie Kaufmann a attiré mon attention. Ce scénariste est connu pour être à l’origine d’intrigues complètement folles et pleines de ressorts surprenants (Dans la peau de John Malkovitch,Eternal sunshine of the spotless mind). C’est ce qui m’a incité à découvrir ce programme de 2015, qui m’aurait échappé sinon.

Court métrage réalisé sur leur temps libre, sans vocation commerciale directe, par deux esthètes de l’animation en volume, Duke Johnson et Dino Stamatopoulos, fondateurs de la maison de production Starburns industries [1], ce film à poussé l’exigence loin, au point de recevoir une nomination aux Grammy Awards.

Le personnage principal est cinquantenaire déprimé ayant acquis une petite notoriété par le passé par l’écriture et la publication d’un guide de management. Cela l’amène à Cincinatti pour animer une conférence le lendemain et toute l’action se passe entre son arrivée à l’aéroport, son séjour à l’hôtel et la conférence du lendemain.

L’anonymat des lieux, le sentiment de solitude pesent sur lui. L’incapacité à nouer des relations véritables et chaleureuses sont symbolisés par l’utilisation du même visage et de la même voix pour l’ensemble des protagonistes rencontrés [2]. Le héros semble errer sans but et sans jamais rencontrer personne.
Ses tentatives pour renouer avec une ancienne petite amie dont il avait brisé le cœur s’avèrent maladroite et piteuse, l’amenant à sombrer dans plus d’angoisse encore.


C’est la rencontre du personnage de Lisa, une jeune femme présentée comme quelconque, qui va marquer le pivot de cette histoire. Cette jeune femme est venue pour assister à son intervention du lendemain et se trouve médiocre, banale.
Le héros est aimanté par cette jeune femme en cela qu’elle semble la première personne réelle rencontrée depuis longtemps.

Les scènes de séduction (maladroite), puis de sexe, d’un réalisme trivial confondant, montrent une maîtrise technique de l’animation image par image poussée à l’extrême.

Le dénouement n’est guère plus optimiste et ne vient pas contredire le sentiment de noirceur et d’oppression ressenti tout le long.
Un petit chef d’œuvre de réalisation, mais aussi un constat un peu désespéré qui se termine par un regain de paranoïa.


Le nom de l’hotel Fregoli, est un clin d’œil au Syndrome_de_Fregoli où le malade se croit harcelé par les multiples incarnations d’une même personne malveillante à leur égard.

https://www.starburnsindustries.com/

Notes

[1à l’origine entre autre de la série Community

[2procédé déjà utilisé dans Dans la peau de John Malkovich.

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