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Writing on the web

Brigadoon-sur-internet.

samedi 2 juillet 2011 par Franz Narbah Pas de licence spécifique (droits par défaut)

Sur le web, on écrit beaucoup. Et c’est aussi amusant qu’agréable. Il y a les blogs évidemment, mais il y a aussi les forums. Et dans les forums il y a "Maux d’Auteurs". Je m’en suis "très" librement inspiré pour écrire cette pochade que j’espère gentille.

Je veux vous parler aujourd’hui d’un forum paisible pour des vacances d’écriture studieuse vraiment reposantes !
Il s’agit de mes amis, auteurs aux maux multiples, chez lesquels je vais parfois en touriste.

Nous sommes au pays des tisanes aux parfums fades.

On discute "sans aigreur", on critique "sans méchanceté", on écrit "sans prétention".

Comme partout, il y a un petit coin où les poètes peuvent faire leurs besoins pourvu qu’ils essayent de sentir bon.

On fait consensus autour du fait que le rêve suprême serait d’être édité un jour, même à compte d’auteur. C’est la postérité qu’on vise, non la rentabilité à court terme. Mais bien entendu c’est "sans illusions".

Les autres sont là pour encourager, non pour critiquer.
La critique doit donc être constructive "sans agressivité".

Chacun sait que le talent est mystère divin. Chacun sait également que sans travail on ne fait rien de bon.

Une orthographe convenable est exigée à l’entrée.

Ce qui est le plus frappant, c’est que quel que soit le thème débattu, on finit toujours par le voir se transformer pour aboutir au seul sujet digne d’intérêt dans ce monde très familial : le couple.

On retrouve cette constante dans les topics comme dans les textes.

Rencontre, fiançailles, mariage, routine, sauvetage (thème capital), séparation.

Avec en arrière plan la nostalgie de l’enfance.

Ces amours vieillissantes le sont dans un étrange — pour ainsi dire exotique — monde finissant.

Un univers où on trouve encore des sources fraîches, des vieillards qui font confiance, des tantes qui se nomment Adèle.

Le soleil y est un astre resplendissant dont la magnificence mordorée baigne les visages ruisselants de larmes pour les rasséréner.

Brigadoon !

Tous les archaïsmes de la langue — on dira plutôt "point agréable" que "pas agréable " par exemple — y sont cultivés avec préciosité, retenue et discernement ; "sans abus".

Les enfants — qui sont, soit adorables, soit ingrats — jouent au méccano. Les grands parents traient les vaches à la main et on peut parfois trouver une jeune fille qui tricote.

Bien entendu, les ouvriers sont poitrinaires, les femmes malheureuses et incomprises, les maris : soit ennuyeux, soit infidèles.

On y est féministe au point que les hommes eux même l’écrivent "sans arrière pensée", courageusement.

Le travail manuel n’est pas pratiqué mais il est systématiquement encensé comme vertu cardinale .

On rêve beaucoup au coin du feu. On a tous de nobles origines paysannes.

Évidemment, pas l’ombre d’un ordinateur dans les vastes pièces de la rustique maison de famille. Cet instrument diabolique n’existe que comme ennemi personnel, au bureau.

C’est en perruque qu’on participe au forum.

Il est de bon ton d’affirmer qu’on ne regarde jamais la télévision mais il serait impardonnable de n’avoir pas un avis - négatif - sur Koh Lanta.

Ce forum, vous l’aurez compris, est un monde délicieux et révolu où les auteurs en mal d’aventures littéraires peuvent se prendre pour Montherlant, mais "sans violence".

On y croise quelques humoristes plus ou moins volontaires, férus de vocabulaire obsolète et de blagues pré pataphysiciennes. Par exemple celle-ci : "…même veuve, madame Cliquot n’aimait pas qu’on lui secoue les bulles". Mais comme on parle d’une bouteille de Champagne dans le coffre d’une automobile, on peut considérer qu’on reste dans les limites d’une écriture "sans vulgarité".

Le forum s’alimente en plumes fraîches principalement à un jeu d’écriture anonyme et démocratique, donc palpitant.

J’y participe parfois sous l’élégant pseudonyme de Gaspard. J’ai personnellement quelque peu transformé la règle pour mon usage personnel : j’essaie d’avoir le moins de votes possible. Mais je ne suis encore jamais parvenu a n’en avoir aucun !

Ces gens là sont véritablement gentils.

Je reçois toujours la même critique : ce que j’écris est incompréhensible. "Gaspard, pardonne ma franchise, mais mon jugement n’engage que moi. Ce que tu écris est probablement passionnant, mais je n’y ai rien compris personnellement. Excuse-moi."

Pensez, un monde où la DS est une voiture, Picasso un révolutionnaire, Dali un génie, et où l’art contemporain n’a pas encore été inventé !

Rendez-vous là bas. Vous verrez : ce monde peuplé de charmants fantômes est l’un des endroits les plus reposants de la toile.

Je m’y plais beaucoup mais je m’y sens bien seul, moi qui n’ai jamais écris une ligne sur le problème du couple !

Saluez la Dame à la Cuillère de la part de ce pauvre Gaspard !

Dernière minute :
La Dame à la Cuillère est très fâchée contre moi a la suite de cette mignonette critique, ce que je déplore, car un peu de moquerie n’empêche pas l’affection.

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