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Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes

mardi 18 septembre 2018 par Séverine Conesa CC by-nc

En 1998 une bande de jeunes serbes prônent la lutte non violente en créant le mouvement Otpor ! Pour s’attaquer au régime de Slobodan Milosevic ils vont recourir d’abord à quelques blagues potaches, avant que le mouvement ne prenne de l’ampleur et provoque la chute du dictateur. Avec ce livre au titre explicite Srdja Popovic revient sur ses débuts d’activiste et donne quelques précieux conseils pour qui souhaite s’engager.

Dans ce texte Srdja Popovic fait l’apologie des révolutions non-violentes et illustre le concept de désobéissance civile imaginé par H.-D. Thoreau.

Le jeune homme, musicien de formation, devient de fait théoricien de la lutte contre la dictature sous toutes ses formes. Son premier constat est le suivant : dans ce combat ordinaire les gens du commun peuvent parvenir parfois à des choses extraordinaires. Le leader du mouvement Otpor, qui commencera comme un canular d’étudiant pour finir par la chute du terrible Slobodan Milosevic, est désormais un consultant reconnu à l’international. Il dirige le Centre For Applied Non Violent Action and Strategies et enseigne depuis 2013 l’activisme politique non violent à la New York University .

C’est un concert punk à même la rue qui sera le déclencheur, Popovic prenant alors conscience qu’outre la non-violence, c’est le rire qui combat le mieux la peur. L’humour, de plus, n’a rien d’illégal et est toujours diablement fédérateur !


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Croire que le changement peut survenir chez vous, voir grand et commencer petit, avoir une vision pour demain, pratiquer le dérisionnisme, retourner l’oppression contre elle-même : telles sont les bases de la réussite d’un mouvement non violent. Mais si les fondations sont nécessaires, elles ne suffisent pas. Votre mouvement, pour ne pas s’effondrer, doit aussi être bâti lentement et délibérément. Et la condition indispensable à cette solide construction, c’est que tout le monde y œuvre dans l’unité. (pp. 164-165)

Ce n’est pas ici un mode d’emploi à proprement parler puisque, comme le reconnait l’auteur, chaque situation est différente. Il faut ainsi toujours prendre en compte le contexte culturel, social et économique, adapter son action à son public tout en respectant les subtilités locales et un timing souvent serré. Popovic parle de sa propre expérience bien sur, mais donne aussi toute une série d’exemples pratiques et quelques bons conseils.

Le recours systématique à une séquence de planification inversée, la définition d’une stratégie globale, d’objectifs et d’une tactique pour les atteindre, la construction et le maintien d’une dynamique collective seront indispensables. En règle générale l’unité du message sera préservée dès lors que se crée entre les activistes un sentiment d’identité commune. Et surtout il faut penser à l’après, la chute du dictateur ne préservant pas d’une récupération indigne du mouvement populaire :


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C’est pourquoi il est si important pour les activistes non violents de finir ce qu’ils ont commencé. L’exploit spectaculaire de renverser un dictateur ne devient une véritable victoire que si la tâche nettement moins spectaculaire qui consiste à mettre une démocratie en place a été accomplie. (p. 235)

Popovic livre un récit édifiant qui tient autant de l’essai que du témoignage, et dans lequel l’auteur n’hésite pas à recourir régulièrement à la métaphore des "hobbits", faisant des révolutionnaires pacifiques l’équivalent de la petite troupe sans prétention du Seigneur des anneaux.

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, Srdja Popovic, Petite bibliothèque Payot, 2017, 7,30 euros.

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