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Antigel 2014 : Cosmologie les pieds dans l’eau

Cosmoland Cosmologie Cosmosophie

lundi 17 février 2014 par François Blin CC by-nc

Suivez ma voix, je vous aime...
A la piscine de Marignac pour Antigel.
Des corps et des pensées.

Suivez ma voix, je vous aime…

Une fois le guichet passé, une salle d’attente, plutôt une aire de transit, une aérogare aux couleurs sombres, sur une télé vintage un film spationautique.

Des casques sont donnés et l’on passe au décollage, une pièce minuscule toute en alu un spot rouge tournoyant au-dessus de nous, de formidables secousses des basses telles que j’entends encore les enfants s’amuser à se faire hacher la voix par les vibrations.

Suivez-moi, je vous aime…

Une voix en fin d’un formidable décollage de vaisseau où tous mes collègues passagers d’un temps futur et moi-même sortent la tête. Le tumulte se calme notre guide apparaît, elle n’avait pas de prénom mon guide d’ailleurs mais elle était très jolie. Mais est-elle humaine ?

Non,bien-sûr. Je l’entends dans ma tête mais ses lèvres ne bougent pas et je ne m’en étonnerai jamais durant ce voyage. D’ailleurs on n’est déjà plus sur terre.
Le sas s’ouvre nous libérant dans les vestiaires de la piscine, couloir de transit, corridor éthéré.

Suivez-moi, je vous aime…

L’ambiance est chaude. un brouillard coloré rend toutes les personnes autour de moi fantomatiques, plus que quelques silhouettes, on est en train de perdre notre singularité. On avance paisiblement, une musique lointaine nous plonge dans un rêve, je flotte tout est doux…

Au bout de quelques instants je rencontre un goulot ; le passage se resserre et la pression augmente, voilà un couloir étroit des voiles me serrent et soudain le noir par les murs je distingue les champs d’astéroïdes qui m’entourent, un escalie,r encore quelques marches, et me voilà enfin arrivé à Cosmoland.

Une part de moi sait bien que je suis à la piscine découverte de Marignac — d’ailleurs je vois le grand plongeoir et au-delà les tours d’habitations de Genève. Mais non, impossible d’y croire. Je le sens je suis bel et bien dans l’espace. D’ailleurs voici un cosmonaute, au pas lent et large.


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Je le suis et voilà qu’il me parle du temps passé ou futur, d’ailleurs il n’y a plus de temps ici. Il est relégué suranné.
Il est triste au plus profond de lui. Il ne ressent plus ; il lui reste juste quelques bribes de ce qui faisait de lui un homme passionné comme il l’a sûrement été jadis.

Je me raccroche à mon guide, seule jalon de réalité dans cet endroit désolé et je promène mon regard sur mon environnement. La grande tour du plongeoir est un mirador surveillant des bassins de méthane d’un liquide si froid qu’on n’oserait y plonger la main.

Un arbre aux lianes lumineuses marque le centre de cette colonie et tout autour des vitres, des habitations.
Des jeunes filles dansent devant un écran, un scientifique travaille surtout de la bouteille. Des volutes de fumées, un homme sauvage vestige d’une terre oubliée, ici on joue au ping-pong dans une bulle aseptisée. Ici on regarde le temps passer au travers d’un totem de vent. L’humain n’est plus, plus que des clones ; plus de terre, plus que cette colonie abandonnée dans la solitude immense de l’espace.

Des voix me parlent encore, il ne leur reste plus que ça…

Suivez moi, je vous aime...

Puis une supernova explose et se met à danser un couple jaune et bleu au casque, mon guide vient me donner des lunettes, la lumière se décompose alors en une myriade de couleurs et le bonheur me revient. on vient de me l’injecter et la musique devient forte et rythmée ; je sens tout mon corps redevenir humain, mon guide m’aime j’aime la vie.

Et voilà que mon voyage se termine le temps d’un dernier regard je dis au revoir d’un signe de tête et je ressors de Cosmoland les lunettes devant moi.
Voilà le futur de Cosmoland, voilà une vision du futur de l’humain qui peut tout perdre – à savoir son essence vitale, son espoir – et n’avoir que du bonheur artificiel.

Voilà Cosmoland, une scénographie implacable qui transforme une piscine des années 60 en décor de space-opera désenchanté. Voilà Cosmoland, une musique si lointaine et si présente qui aura plongé chaque voyageur dans une bulle de coton aux vapeurs de souffre et de rayonnements cosmiques.

Voilà Cosmoland, formidable aventure de ce festival Antigel.

Rucksack Gogolplex, collectif, aux commandes de la scénographie

Alexis Trembley aux sons

Et moi au volant de ma corsa,les lunettes psychédéliques,je vole encore !

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