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Dans les cités

lundi 19 juin 2017 par Séverine Conesa CC by-nc

Un jeune diplômé est recruté par un cabinet d’architectes pour mener une étude ethnographique sur le quartier qui l’a vu naitre et grandir. Les bâtiments, promis à la démolition, abritent encore toute une faune qu’il s’agit d’étudier pour éliminer d’avance toute contestation. Dans ce roman « aux aguets » Charles Robinson, explorateur des marges, questionne passé, présent et avenir.

La cité des Pigeonniers est donc au cœur d’un ambitieux projet de rénovation urbaine, qui passera par la destruction des grandes tours. Construites à l’époque dans une volonté de rassembler certaines populations elles semblent désormais obsolètes aux dirigeants. Les habitants, qui doivent être relogés, s’inquiètent de leur avenir. Certains prennent les devant, d’autres espèrent être pris en charge, certains, enfin, résistent aux pouvoirs publics qui tentent de les déloger.

Une population précaire, sans avenir, « invisible » ou, au contraire, surmédiatisée dès qu’elle se prend à protester y survit depuis trois générations. Très vite une résonance s’installe entre passé et présent. Le narrateur revient sur sa propre adolescence, sa relation naissante avec Bach Mai, une jeune surdouée en mathématique, brisée par le système scolaire puis par la loi du plus fort. Alors qu’il tentait de lui enseigner les rudiments du français il a pris la mesure de sa propre méconnaissance de sa langue natale.


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Les sans futurs qu’il va croiser sur sa route portent tous des surnoms destinés à en imposer, ce qui confère parfois un côté burlesque au texte. Ainsi une bande de gothiques biologiques qui tentent de redonner ses droits à la nature et se font appeler Green Slayer, No Life ou Master of Death. C’est toute une mythologie propre qui s’épanouit dans les cités, avec ses règles tacites et sa hiérarchie figée. Outre la stigmatisation les habitants doivent composer avec l’inactivité. Les rêves de gloire et de luxe de la jeunesse se brisent aux lames de béton brut. Des entrepreneurs tentent de prendre leur vie en main dans ce monde où le salut ne vient que de la came, du racket, du hip-hop ou du poker.

Un premier volume qui pose avec brio le cadre, les acteurs et les grandes forces qui vont s’affronter dans cette cité, véritable miroir de la société d’aujourd’hui.

Extraits :

« Acheter un livre dans les Cités est une authentique gageure. Aucun endroit n’est prévu pour. L’hypermarché a certes un rayon, mais, même en n’y connaissant rien, un simple coup d’œil sur les présentoirs apprend que les marchands du temple ont trouvé où placer les idoles médiocres. » pp. 37-38

« Ici, tu es dans le temple de la République. Liberté de choix dans les rayons, Égalité de tous devant l’addition, Fraternité du crédit à la consommation. p. 261

« C’est une épidémie, une maladie honteuse. Elle s’appelle l’adolescence . Ça ne vaut pas que pour les Cités, mais c’est encore plus vrai ici. Elle dévore tout. Elle s’infiltre de plus en plus tôt dans l’enfance. Elle se poursuit indéfiniment chez les adultes. On ne produit pas les anticorps qui devraient les combattre : un job, avoir du fric, un appart, fonder une famille. Avoir confiance en soi. Se voir confier des responsabilités. » p. 360

Dans les cités : roman de Charles Robinson (1973-....)
Édité par Éd. du Seuil, 2011, 21.80 euros

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