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Deuxième génération

mardi 27 novembre 2012 par Thierry Saint-Solieux CC by-nc

dès 15 ans

En résonance avec l’œuvre la plus connue d’Art Spiegelman, avec laquelle son histoire personnelle présente des similitudes, Michel Kichka livre un témoignage adouci par un graphisme rappelant l’école belge et une narration indirecte, à travers son regard d’enfant.

Comment ne pas penser au chef-d’œuvre qu’est « Maus » en parcourant la vie d’Henri Kichka, rescapé d’Auschwitz et de Buchenwald ? Comment ne pas faire un parallèle entre la vie d’Art Spiegelman et celle de Michel Kichka, grandissant tous les deux sous l’autorité d’une écrasante figure paternelle, hantée par le souvenir des camps de la mort ?

De fait, la lecture de « Maus » est un énorme choc pour le jeune Kichka, la preuve pour lui que l’on peut traiter de la Shoah et du rapport père-fils dans un roman graphique. Car il veut depuis toujours raconter son histoire familiale et celle des jeunes gens de sa génération, la "deuxième génération" qui succède à celle des rescapés des camps de concentration.

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Art et Michel sont deux jeunes hommes qui luttent pour exorciser le passé et se construire à l’ombre d’un survivant. Art supporte difficilement ce père stupéfiant de courage et d’ingéniosité, mais aussi avare et raciste : l’incarnation des stéréotypes antisémites !!!

Michel est un fils modèle, voué à satisfaire son père en compensation de ce que celui-ci a vécu – les camps - ou plus précisément n’a pas vécu – le cours d’une vie normale qu’on lui a volée. Et Henri Kichka n’est pas facile à satisfaire tant il est égocentrique, obsédé par sa propre souffrance, et se posant en seul détenteur de la vérité.

« Maus » raconte la vie de Vladek Spiegelman avant guerre et son quotidien de prisonnier des camps avec minutie : c’est un récit qui peut servir de base à un travail d’historien. « Deuxième génération » fait certes le portrait d’Henri Kichka, mais surtout celui de ses enfants, intimidés par cet homme n’évoquant en famille son douloureux passé que par bribes, au détour d’une phrase. Il faut que survienne le suicide de Charly, le plus jeune des fils, pour qu’Henri se mette à parler et que Michel décide d’écrire.

« Maus » reste unique du fait de son parti pris graphique bien connu et peut être rattaché à l’underground américain, alors que « Deuxième génération » est un chant d’amour à la BD franco-belge !

Vivant en Belgique dans les années 50 et 60, Michel Kichka reconstitue le décor de sa jeunesse : au détour d’une rue apparaît ainsi l’immeuble des Éditions du Lombard, avec sa fameuse enseigne pivotante représentant Tintin et Milou. Il se fait plaisir et nous fait plaisir en multipliant dans son livre les "private jokes" : si son père a pour camarade de classe Tintin, lui partage son banc d’écolier avec Gaston Lagaffe ! Gaston encore, comme nom d’une boucherie ! Eh non, pas de boucherie Sanzot...

Si « Maus » est un drame très noir où le rire quand il survient est presque un mécanisme de défense, « Deuxième génération » est constamment drôle, tant au niveau du texte que du dessin. Cet album plein de bonhomie et de tendresse, dessiné en une semaine dans un état proche de la transe, permet à son auteur d’être aujourd’hui un homme en paix avec lui-même...

<cite|livre|titre=Deuxième génération |auteurs=Michel Kichka |editeur=Dargaud |annee=2012 |pages=120 |isbn=9782205068504 >

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