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Erwan Larher au bistro des Tilleuls

jeudi 29 mars 2018 par Séverine Conesa CC by-nc

Il ne faut jamais dire jamais !
L’écrivain Erwan Larher s’était juré de ne pas se laisser prendre à l’autofiction.

Et pourtant quelques mois après ce funeste 13 novembre parait Le livre que je nous voulais pas écrire.
Au cours de cette passionnante rencontre s’est éclairée la genèse de ce texte non désiré.

Après avoir vécu l’horreur au Bataclan, le besoin de parler est devenu plus fort que les convictions. Mais Erwan Larher se refuse alors au simple témoignage et compose un « objet littéraire » bien particulier.

Les deux atouts de ce récit viennent de la sincérité désarmante et de l’éloquence de l’auteur. Celui-ci parvient à prendre de la distance sur son personnage de rescapé du terrorisme et évite, avec force pirouettes, l’apitoiement sur lui-même.
Avec beaucoup d’humour il se présente au lecteur sans fard, dans la posture d’un anti-héros qui nous ressemble tous. Ne s’épargnant rien des vicissitudes rencontrées pendant et après le drame, Erwan Larher réussit son tour de force. Dépasser le simple fait personnel et donner à son texte une dimension universelle, en apportant un regard d’écrivain et d’humaniste sur notre monde contemporain.


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Le livre que je ne voulais pas écrire est aussi un récit à plusieurs voix. L’auteur a demandé aux personnes de son entourage de rédiger un texte, leur propre histoire de ce vendredi noir. Les heures d’attentes, les appels sans réponse, les conversations sur les réseaux sociaux sont évoqués, ainsi que l’angoisse de savoir un proche dans cette situation. Ces pièces rapportées viennent s’emboiter au récit, chacune éclairant l’expérience d’un jour nouveau. Lui-même s’était senti désemparé face à l’horreur vécue par son amie Sigolène, rescapée de l’attentat contre Charlie Hebdo.

« Pendant des semaines, des mois, tu t’es trouvé face à elle dans une situation de désemparement aigu, soucieux de la consoler, la réconforter, la soutenir, de lui donner de l’amour en sachant que c’était inutile, que tu resterais à jamais à la surface de son chagrin, comme ces crèmes pour la sécheresse cutanée qui, nous explique-t-on en petits caractères, n’hydratent que les couches supérieures de l’épiderme. »

La rencontre fut à l’image du livre : aussi drôle qu’émouvante, mêlant références littéraires et musicales, ponctuée de lectures saisissantes et arrosée de bières comme il se doit.

Erwan Larher est revenu sur la genèse du roman, comment l’idée rejetée d’emblée s’impose progressivement à l’évidence. Lorsque l’écrivain sous l’homme du commun s’aperçoit que son expérience le dépasse. Qu’elle est celle, partagée, collective, d’une génération, d’un peuple, du monde.

N’est-ce pas le rôle de l’écrivain, mais aussi la vocation de toute œuvre, qu’il s’agisse de littérature, de peinture ou de musique ?

Pour en savoir plus lisez donc ce roman imprévu et nécessaire.

Un grand merci à Erwan, à Jacquot et au bistro pour cette soirée littéraire électrisante.

Le livre que je ne voulais pas écrire, Quidam, 2017, 20 euros.

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