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Grand blanc

samedi 15 novembre 2014 par Marc Chatelain CC by-nc

Grand Blanc n’est apparu que très récemment dans ma sphère musicale. D’entrée, dès les premières notes, j’étais été happé comme rarement. Les nappes sombres et pesantes de « Degré Zéro » venaient de m’inviter dans les profondeurs où je les suivais avec délice.

On aurait tort de trop vouloir scruter un nouveau groupe à l’aune seule de ses (supposées) influences. Une seule chose à faire : le découvrir en concert !

Bien sûr, des tonnes de réminiscence se sont alors trouvées convoquées à mon esprit mais….
J’ai d’emblée surfé jusque vers Bandcamp pour acheter le EP et l’ambiance y était tout autant noire que douce. Un coup de maître.

Leur passage à Mâcon était alors pour moi l’occasion de découvrir par les tripes, les yeux dans les yeux et les oreilles noyées de sons, ce que ce groupe pouvait proposer à son public tout neuf.


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Grand Blanc - à la Cave à musique de Macon, 8/11/2014
© Marc Chatelain

Les premières notes de « Degré Zéro » soulèvent le plexus et trouvent écho le long de l’échine. Les lumières alertent. Le chant diaphane de Camille parvient au cœur et le voyage commence, la spirale m’entraîne avec l’entrée progressive du second synthé, de la basse et de la guitare. Ce morceau possède une force étonnante, un mur sombre se dresse devant soi, l’attention est hyper sollicitée par toutes les directions proposées. Puis le contre-chant de Benoit, à la voix si posée et sourde, si envoûtante, répond naturellement à l’aspect aérien de la voix féminine avec ce « Noirceur petite sœur, ce que tu as grandi »….On y est…

Les morceaux s’enchaînent tranquillement, les regards entre eux sont là, les membres du groupe se cherchent, se rassurent. Vincent et Luc, moins en avant car ne chantant pas, ont une importance indiscutable dans la magie du quatuor. Chaque élément en semble indissociable.

Mais au fur et à mesure de la (courte) soirée, les visages se détendent, les sourires apparaissent. Oui, la noirceur est le ciment de cette musique et elle comble mes modestes oreilles. Mais elle n’est pas que cela. Elle n’est pas que cliché mélancolique des années 80 et elle n’est ni gratuite, ni déprimante.

Tel Benoit, qui semble si bien s’identifier aux « Petites Frappes » par une présence évidente, animale, laisse transparaître petit à petit un vrai et généreux sourire. Leur musique est noire mais leur cœur semble lumineux. C’est ce qui émerge, et de plus en plus vivement, tout au long de leur set. Un abord froid et distant mais une vraie chaleur au fond. « Tu es juste sauvage » chantent-ils. Voilà, c’est cela. Cette froideur et timidité comme rempart. Ne dévoiler qu’à qui veut bien voir…

Le groupe offre une reprise (non identifiée par moi...) puis 2 morceaux hors EP et tellement prometteurs. De quoi prolonger si bien les morceaux connus. Ces 4 là sont capables d’une intensité des plus prégnantes et nombreuses étaient les têtes à battre la mesure dans la salle. Tout le monde était embarqué dans ce voyage, tous soudés par les mesures implacables de cette généreuse froideur.

Benoit, avant d’entamer un magnifique « Samedi La Nuit » nous lance alors un défi : suivant l’applaudimètre, ils rejoueront un morceau. Cela lâché sous l’œil ahuri de ses 3 comparses, il les regarde alors quasi hilare et tous les visages s’éclairent.

Le morceau est endiablé au possible, le ventre frissonne, l’âme s’abandonne. Chacun se donne plus que de raison sur son instrument et Benoit transcende les mots par sa voix et ses coups de tête en arrière, comme en transe.

En guise de fin, ils nous rejouent « Degré Zéro », comme pour recommencer le set. Le public est conquis. Le groupe nous fait un cadeau magnifique : il nous montre sa joie, naturellement. On voit les yeux qui pétillent on savoure ces sourires si francs et encore si jeunes. On a envie de les remercier ne serait-ce que pour cela.

C’est une chance que de découvrir un groupe lors de ses premiers pas. Il est possible d’y déceler sa personnalité, son devenir, loin des influences qui s’imposent parfois trop facilement ou de manière trop insistante. Ce soir-là, il était évident que Grand Blanc est pour l’heure un inestimable bijou noir encore brut. Pourvu qu’il ne soit pas trop poli….

Photos prises avec un téléphone, d’où l’aspect particulier.

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