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Assises internationales du Roman

Immortel rêveur contre rationaliste voyeuse

samedi 24 mai 2014 par Véronique Vigne-Lepage CC by-nc

Ce lundi 19 mai, les Assises internationales du roman, organisées comme chaque année aux Subsistances, à Lyon, ont été l’occasion d’une rencontre inédite entre deux grands écrivains : Siri Hustvedt et Dany Lafferière. Une rencontre qui a provoqué des étincelles... de réflexion sur l’écriture.


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Siri Hustvedt
© Witi de Terra /agence Opale

Ce lundi soir, aux Assises internationales du roman, se tenait une table-ronde imaginée pour mieux connaître l’intimité des romanciers. Son thème : « Ecrire, créer : entre solitude et partage ». Ce soir-là, une rencontre inattendue a eu lieu : côte à côte -ou plutôt face à face-, Siri Husvedt, blonde et filiforme américaine aux airs sages, et Dany Lafferière, joyeux académicien québécois d’’origine haïtienne, fan de Bacchus.

L’’une, bien droite, croise très poliment les jambes, se penche vers la journaliste du Monde, Raphaëlle Rérolle, lorsqu’elle parle ; l’’autre, un peu raide, puis accoudé, met un verre de vin entre lui et ce moment. L’’une explique qu’elle s’’est appuyée sur les neurosciences pour écrire « La femme qui tremble", un véritable « voyage spéléologique à l’intérieur d’’une femme » ; l’’autre assure que les histoires ne naissent que du désir, voire des souvenirs, comme celui du café de sa grand-mère. Elle, dit écrire par voyeurisme ; lui, assure le faire pour « passer par la fenêtre » et découvrir un monde sans étiquettes racistes, sans frontières...

Ambiance légèrement tendue…

Jusqu’’à ce que la magie de ces rencontres littéraires —et sans doute le savoir-faire de Raphaëlle Rérolle— opère et transforme l’’ambiance du débat. « Dany était un peu tendu, mais nous nous sommes finalement trouvé des points communs », commentera Siri Hustvedt le lendemain.

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Dany Laferrière
© David Ignaszewski / Agenda Koboy

 
Tous deux réfutent ainsi l’’expression de Marguerite Duras, selon laquelle la solitude de l’’écrivain est « un aparté infernal » : l’’une parce qu’elle est alors plongée dans les émotions sous-jacentes au récit qu’’elle construit, l’’autre parce qu’’il est alors, heureux, avec ce qu’’il considère comme les « indispensables » du romancier : « Un lit de camp et une bouteille de rhum ».

Tous deux connaissent intimement l’exil, Siri Hustvedt par ses grands-parents suédois immigrés aux Etats-Unis, Dany Lafferière du fait de sa fuite de la dictature Duvallier. Lui affirme qu’il" voit un roman dans chaque visage croisé", elle assure que ses personnages s ’imposent à elle et élargissent sa vie intérieure. Elle dit "se sentir plus vivante" quand elle écrit ; il parle de "fête intime"... et lève finalement son verre à sa nouvelle amie d’écriture.

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