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Annecy 2015

Journal d’un festivalier, 2me partie

jeudi 16 juillet 2015 par Melen Bouëtard-Peltier CC by-nc

Enchaîner les séances jusqu’à l’épuisement, filer à une soirée jusqu’au bout de la nuit, se lever aux aurores, enchaîner les séances jusqu’à l’épuisement, etc. On connaît tous le fameux rythme « ciné-soirée-dodo » de tout festivalier qui se respecte. Cette année, au festival du film d’animation d’Annecy, j’ai à mon tour essayé de relever le défi, mais avec une difficulté supplémentaire : participer au festival en tant que bénévole. Compte-rendu d’une semaine aussi éreintante que passionnante.

Suite (un peu sur le tard, je l’avoue) de mes aventures au festival du film d’animation d’Annecy (pour un compte-rendu des préparatifs et des premiers jours, c’est ici que ça se passe).

Mercredi 16 : Torrent d’émotion avec Tout en haut du monde

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Convaincu par la rumeur positive et les éloges au sujet du film qui inondent les rues du festival, je décide de me rendre à la projection matinale de Tout en haut du monde . Ce matin, au Décavision, je suis l’un des premiers à faire la queue, et une bonne heure plus tard, j’entre enfin dans la salle obscure pour m’asseoir sur l’un des derniers sièges libres. Après Adama, Tout en haut du monde est un nouveau coup de cœur. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les deux films convergent vers de nombreux points. Ainsi le personnage principal est-il, dans les deux cas, campé par un enfant (le jeune Adama dans le film éponyme, la petite Sacha dans Tout en haut du monde). Plus précisément, ces deux enfants ont en fait quitté le monde de l’enfance, sans pour autant avoir franchi les portes de l’âge adulte, comme dans un état intermédiaire. D’une part, ils sont encore idéalistes, ont conservé une détermination, un entêtement voire une naïveté propres à l’enfance ; et inlassablement, Adama et Sacha foncent tête baissée et rejettent tour à tour les conseils que leur donnent des adultes bien trop pragmatiques pour être écoutés. Mais d’autre part, leur voyage initiatique respectif (vers l’Europe pour l’un, vers le Pôle nord pour l’autre), fil narratif des deux long-métrages, est marqué du sceau de la perte de l’innocence et de la confrontation avec une dure réalité extérieure, étrangère au cocon dans lequel ils évoluaient au début du film. Cet âge de transition entre l’enfance et la maturité constitue sûrement le sujet principal de ces deux films, qui partagent des qualités indéniables identiques : graphismes somptueux, histoire passionnante et force émotionnelle.

Cet âge de transition entre l’enfance et la maturité constitue sûrement le sujet principal de chacun de ces deux films, qui partagent des qualités identiques : graphismes somptueux, histoire passionnante, force émotionnelle et une même exploration des thématiques liées à la transmission et à l’apprentissage, au lien fraternel et au crépuscule des illusions. Tout ça fait mouche, et je ressors une nouvelle fois très ému de cette séance. Pour plus de détails sur le film, je vous renvoie vers l’article paru, lui aussi enthousiaste. À voir donc, à partir du 16 décembre (il faudra être patient).


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L’après-midi, Anca Damian, lauréate du Cristal du long-métrage en 2012, présente en avant-première son nouveau film, La Montagne magique . Comme lorsque j’avais découvert Le Voyage de M. Crulic (le film pour lequel elle avait été primée cette année là), je suis à la fois déçu et triste d’être déçu. J’aurais vraiment voulu apprécier ce film, tant la singularité et la patte de la cinéaste sont sensibles à l’écran. Malheureusement, si l’originalité graphique et plastique m’impressionne, c’est une nouvelle fois le rythme et des longueurs souvent inutiles qui desservent un film qui s’annonçait pourtant là aussi passionnant. Dans Le Voyage de M. Crulic, il était question, selon une histoire puisée dans un fait divers réel, de la mort d’un prisonnier roumain de 33 ans qui décide d’entamer une grève de la fin pour protester contre l’erreur judiciaire dont il est victime.

La Montagne magique est un film qui quant à lui aborde le parcours biographique d’Adam Jacek Wincker, réfugié ayant fui la Pologne communiste avant de s’engager aux côtés du commandant Massoud dans la guerre qui oppose dans les années 1980 Afghanistan et URSS expansionniste. En d’autres termes, les deux films évoquent des sujets sociétaux et géopolitiques que j’affectionne tout particulièrement, mais à chaque fois, je reste de marbre. Pour La Montagne magique, serait-ce la fatigue festivalière qui commence à pointer le bout de son nez ? J’essayerai, à l’occasion, de rattraper et de revoir ces deux films qui m’ont paradoxalement emballé sur le plan visuel, sans pour autant m’emporter réellement, suscitant chez moi un ennui poli.

Jeudi 17 : BANANA ! Les Minions débarquent à Annecy

Des formalités administratives m’empêchent de me rendre à la séance matinale que j’avais prévue (j’avais réservé une séance pour Sabogal que j’aurais malheureusement loupé). Du coup, ma journée festivalière ne commence réellement qu’à 16h, à Bonlieu, où sont projetés des court-métrages (les court-métrages « numéro 4 » de la compétition, dont un compte-rendu est disponible ici). Une fois mon job au contrôle des billets terminé, je m’immisce dans la salle pour découvrir quelques-uns de ces courts.

La plupart m’ont réellement entraîné, à commencer par Dans les eaux profondes qui aura ému plus d’un festivalier. Ça passe aussi pour Tranche de campagne , film pour le moins dérangeant où les animaux et les hommes voient leurs rôles inversés ; désormais, ce sont les cochons et les coqs qui tuent les humains, uniquement dans le but de savourer leur viande et ses saveurs. Ouvertement végétarien, ce film, peu importe l’avis qu’on puisse avoir a priori sur la question, a le mérite de poser clairement les termes et les enjeux du débat, tout en resituant l’homme dans son élément : celui de l’animalité.

Enfin, avec Nuggets , Andreas Hykade signe un court-métrage ludique et entraînant, où l’on suit le parcours d’un oiseau qui tombe sur des points de couleur jaune qui, en les aspirant, décuplent son énergie. Son appétit pour ces points jaunes devient de plus en plus fort, à mesure que les effets en deviennent de plus en plus douloureux... Si chacun est libre de son interprétation, comment ne peut-on pas toutefois y voir une allégorie de la drogue, de l’addiction, des rechutes toujours plus rudes et de la mort à petit feu qu’elle produit... ? La séance se poursuit et il reste un court, We Can’t Leave Without Cosmos. Je décide à ce moment-là de sortir de la salle ; je dois aller avec les autres préparer la prochaine séance, la plus chaude du festival, l’avant-première des Minions. Deux jours plus tard, We Can’t Leave Without Cosmos remporte le Cristal du meilleur long-métrage. Sûrement l’un de mes plus gros regrets de ce festival...


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Mais à ce moment-là, pas le temps de souffler : la foule commence à s’agglutiner devant les escaliers de Bonlieu – certains ont fait la queue tout l’après-midi dans l’espoir d’avoir une place pour la séance de ce soir (qu’ils sont naïfs... !). Les Minions débarquent à Annecy et le font savoir : après une parade de l’Impérial au Pâquier, ils investissent la grande salle de Bonlieu, dans une ambiance survoltée. Les spectateurs (et leurs humeurs !) sont littéralement déchaînés ! Il n’y a pas de mots, je crois, pour décrire le bordel dans lequel s’est déroulée l’entrée en salle de la foule (plus de 900 personnes, tout de même), entre les impatients, retombés en enfance et qui, dans l’euphorie du moment, ne prennent pas garde à ce qu’ils font (« ah bon, c’est un siège VIP ici ?! »), les grincheux (« on voit que vous êtes totalement débordés, bravo... ! »), les mécontents (« j’ai une place VIP, et quelqu’un me l’a prise, y a plus de siège libre !!! »), les apeurés (« il est hors de questions que je laisse mes enfants seuls pendant la projection, trouvez-moi quatre places côte-à-côte ! »), etc.

Heureusement, l’arrivée des Minions et de l’équipe du film vient calmer les ardeurs de chacun, et la tension qui régnait dans la salle se convertit très vite en une énergie positive : les mécontentements deviennent des applaudissements, et les avions en papier n’ont jamais autant plané au-dessus des gradins.

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Pour ce qui est du film, ces Minions sont sympathiques, drôles, mais un degré en-dessous des deux Moi, moche et méchant, tout de même. Dans les deux premiers opus, les petits personnages jaunes offraient une aération, un contre-point à la trame principale et contribuaient à créer les moments les plus jouissifs du film. Il est logique, donc, que les producteurs aient décidé de leur consacrer un long-métrage spécifique, mais celui-ci, malheureusement, perd quelque peu la fraîcheur des deux premières productions, tout en proposant tout de même quelques bons gags (notamment l’histoire des Minions et le listing des différents maîtres maléfiques qu’ils ont servi, des dinosaures à Napoléon !). Mais de toute manière, le film est-il, dans ce genre d’avant-premières débridées, primordial ? Si la qualité du film n’est pas optimale, le show, lui, est assuré.

Vendredi 18 : Je commence à sentir la fatigue

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Les soupçons de la veille se confirment : le rythme du festival commence à peser sur l’organisme. Après la soirée de la veille – qui s’est prolongée, vous l’imaginez, bien après la projection des Minions, mais dans une ambiance un poil moins familiale – qu’il est appréciable de revenir vers une projection plus confidentielle, discrète et éloignée de la frénésie du festival ! La séance spéciale consacrée à la grotte Chauvet semble alors m’accueillir à bras grands ouverts. Fréquentation limitée et présentation « à la cool » du projet sont au rendez-vous, et là où certains auraient trouvé que l’organisation laisse à désirer, ce bref retour à la spontanéité et à l’amateurisme ne saurait me déplaire !

Au menu, quinze petits courts métrages d’une à deux minutes, quinze visions, quinze impressions, quinze expériences de la fameuse grotte mises en image animées par quelques chanceux [1] qui ont eu l’immense privilège de pénétrer dans cet endroit d’ordinaire fermé au public [2]. L’idée de patchwork est assez ludique, l’enchaînement est fluide et l’ensemble de ce travail collectif témoigne de très belles qualités techniques et visuelles. En somme, un très beau compte-rendu d’une expérience que l’on imagine volontiers inoubliable pour les intéressés.

L’après-midi, retour dans le chaudron, le cœur, le court central de ce festival : la grande salle de Bonlieu. 16h30, séance exceptionnelle pour la présentation, dans une copie inédite, de ce qui aurait dû être LE chef d’œuvre du cinéma d’animation : Le Voleur et le Cordonnier de Richard Williams [3].

Une entreprise titanesque, mégalomane assurément, un brin utopiste sûrement, initiée en 1968, réécrite de fond en comble à plusieurs reprises alors que les plus grands animateurs viennent mettre la main à la pâte pour ce qui est annoncé à l’époque comme une « révolution ». Abandonné puis relancé, refinancé puis dépouillé, le projet débouche sur la présentation, en 1995, d’une version tronquée et mutilée [4] diffusée sous la houlette de la Warner qui a évincé un Richard Williams qui avait outrageusement dépassé les délais et les budgets. Le film, lors de sa sortie, passe bien évidement totalement inaperçu. Mais en 2006, un fan érudit poste sur intenet une nouvelle version du travail de Richard Williams, la plus fidèle possible à ses intentions, et qui entend rendre justice à ce film tombé aux oubliettes des chefs-d’œuvre maudits. Le buzz autour de ce montage prodigieux amène l’animateur à retourner travailler sur un projet dont il ne voulait plus entendre parler. Il accouche finalement de la version qui nous est ici proposée. Oscillant entre le director’s cut et le work in progress, celle-ci est un mélange de séquences bien entamées voire totalement abouties et d’ébauches, d’esquisses, de dessins, de storyboards qui viennent tant bien que mal combler les trous scénaristiques de ce film à jamais inachevé.

Difficile donc à l’arrivée de juger un tel film. Mais comment rester de marbre devant l’histoire rocambolesque de ce projet qui, à défaut d’avoir atteint son objectif initial de révolutionner le cinéma, peut toujours se targuer de détenir le record du plus long tournage de l’histoire du 7ème art ? Impossible aussi de ne pas partager l’émotion de Richard Williams lorsque celui-ci, ébahi, se lève de son siège, salue et remercie chaleureusement une salle dont les spectateurs se sont eux aussi levés pour applaudir et rendre hommage à un homme qui présente ici non pas un simple film, mais le projet de sa vie. Assurément l’un des grands moments de ce festival.

De manière plus anecdotique, la journée se termine paisiblement avec la projection sur le Pâquier de Shaun le mouton , le film de Nick Park au parcours bien moins acrobatique que Le Voleur et le Cordonnier, plus calibré aussi peut-être, mais néanmoins imprégné de l’univers savoureux et reconnaissable du créateur de Chicken Run et de Wallace et Gromit. Finalement, c’est un programme bien rempli pour ce qui aurait dû être une journée de repos !

Samedi 19 : The End

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En ce dernier jour de festival, je vais découvrir un film dont on m’a dit le plus grand combien tout au long de cette semaine : Avril et le monde truqué . J’avais déjà réservé ma séance samedi dernier, et c’est donc impatient de découvrir ce long-métrage que je me rends au Décavision. Et c’est pour ma part un nouveau coup de cœur, qui vient confirmer que cette année, avec Adama, Tout en haut du monde et Mune (que je n’aurai malheureusement pas vu), la délégation française était sûrement la plus riche et la plus attrayante.

Je ne m’étends pas sur le sujet (là aussi, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’article d’Olivier spécifiquement dédié au film), mais je me permets de souligner quelques-unes de ses qualités. L’idée génialissime, tout d’abord, sur laquelle est basée le scénario : dans le monde où se déroule l’histoire d’Avril, Napoléon III est en fait mort peu de temps avant l’entrée en guerre de la France contre la Prusse. La dynastie des Bonaparte s’est ainsi maintenue au pouvoir jusqu’à nos jours, en signant un traité de paix avec l’adversaire, évitant ainsi une guerre et une défaite qui, dans les faits, a permis l’instauration de la IIIme République.
C’est donc un héritier Bonaparte qui gouverne le pays et qui l’embourbe dans un modèle économique similaire à celui de l’époque industrielle, – le charbon est l’unique source d’énergie et l’air est devenu quasiment irrespirable à cause de la pollution générée – tandis que tout progrès ou découverte est rendu impossible par des mesures qui visent à faire disparaître les scientifiques. Outre cette réécriture historique tout à fait savoureuse, l’histoire en elle-même dont Avril est la jeune héroïne est entraînante et captivante, tandis que le film est parsemé de touches d’humour juste comme il faut.
Et s’il lorgne plutôt vers le cinéma d’animation divertissant et d’action, cela ne serait se faire au nom d’un quelconque appauvrissement artistique. Bien au contraire, le film doit beaucoup à l’inventivité graphique du dessinateur Tardi à qui l’on doit l’esthétique envoûtante de ce film. Les dessins que propose ici le créateur d’Adèle Blanc-Sec sont tout à fait réussis, totalement en prise avec son style si caractéristique, et représentent à merveille l’atmosphère suffocante d’un monde asphyxié, bloqué à l’âge du charbon, et qui a refusé toute évolution. Sur la forme, le film est donc l’un des plus audacieux parmi ceux présentés en compétition, mais il ne saurait être en reste sur le fond, le premier long-métrage de Franck Ekinci et Christian Desmares ouvrant une multitude de pistes de réflexion. Sont notamment analysées les idées de progrès, avec ses vertus et ses limites (l’Homme est-il voué à s’autodétruire, et avec lui, l’ensemble des espèces humaines ?, telle est la question que posent Chimène et Rodrigue, deux curieux lézards qui jouent un rôle plus important que l’on pourrait croire dans ce monde truqué), celle de l’Histoire (n’est-elle que l’enchaînement de liens de cause à effet ? C’est en tout cas ce que l’on peut penser à première vue, la mort subite de Napoléon III et les bouleversements en cascade qu’elle implique), mais les thèmes de la loyauté et de la confiance (à travers la relation entre Avril et Julius), de l’idéalisme et du pragmatisme (à travers les chemins opposés qu’empruntent les parents d’Avril, tous deux scientifiques, mais pas au service des mêmes causes).

Bref, un film réussi et à la hauteur de mes espérances, qui apporte lui aussi son lot d’émotions, et qui vient confirmer une nouvelle fois qu’en dehors des grosses machines de guerre de l’animation (Disney, Pixar, Dreamworks and co.), d’autres studios plus modestes sont tout à fait capables de proposer des œuvres qui ratissent large au niveau du public, sans pour autant sacrifier la qualité artistique.

20h30, le moment tant attendu de la cérémonie de clôture et de la remise des prix est arrivé. Comme pour la soirée d’ouverture, le fait que je ne sois pas invité parmi les cinéastes, les producteurs et autres personnalités de haut vol déclenche l’incompréhension générale, injustice que je m’empresse toutefois de corriger en me proposant en tant que bénévole pour la soirée. Et pour me venger, je me permets même de refouler une fille de chez Canal+ qui a perdu son invitation ! [5]

Bref, nous voilà dans la grande salle avec tout le gratin. La tension et le stress montent, mais comme Andreas Hykade [6] le dit si bien dans un petit film qu’il a réalisé spécialement pour ambiancer la cérémonie, le clan des cinéastes se divise en deux catégories : ceux qui sont « là pour ravir la couronne » et ceux qui s’en foutent complètement (« fuck all them awards ! »). Hormis ce petit sketch, la cérémonie est un peu plate et longuette ; l’organisation a, sur ce point en tout cas, une belle marge de progression.
Passons donc directement aux récompenses, et aux prix les plus convoités (le palmarès complet est disponible à cette adresse). Concernant les courts métrages, comme je vous le disais plus haut, c’est We Can’t Leave Without Cosmos qui remporte le Cristal. The Master se voit attribuer un prix du jury plutôt mérité, tandis que c’est World of Tomorrow qui a l’adhésion du public. Pour les longs métrages, grosse déception pour ma part : Adama n’obtient rien ! Heureusement, le prix du public revient fort logiquement à Tout en haut du monde, dont on a rapidement senti qu’il serait le coup de cœur des festivaliers. Miss Hokusai, que je n’ai pas vu, mais dont les échos étaient apparemment très mitigés, repart avec le prix du jury. A l’arrivée, c’est donc Avril et le monde truqué qui est couronné ! Présence au palmarès amplement méritée, même si je ne le voyais peut-être pas aussi haut...

Voilà, il est 22h, et les spectateurs sortent très lentement de la salle, comme s’ils étaient désireux de repousser encore un peu plus la fin d’une semaine festivalière qui passe toujours trop vite. Pour les survivants et les noctambules, le festival propose comme toujours sa traditionnelle soirée de clôture, sur le site de l’Impérial. Champagne, verrines et vin sont au menu et à volonté (où sont passés les macarons qu’on avait l’année dernière ?!)... Mais l’heure des pénuries sonne rapidement (message aux organisateurs : plus de boisson, please !).

A l’arrivée, le bilan de cette semaine est amplement positif. Quelques-uns, mécontents, critiqueront encore et toujours, mais hormis pour ceux qui ont expérimenté le problème lié à la difficulté de voir des films et d’obtenir des places (sûrement l’un des grands enjeux qui se posera aux organisateurs dans les années à venir), je crois que c’est très majoritairement heureux et de belles images plein les yeux que les festivaliers quittent Annecy. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ignore encore dans quelle ville je serai l’année prochaine. Mais j’espère sincèrement qu’entre le 13 et le 18 juin 2016, c’est Annecy que je me trouverai.

Lundi 21 : bonus

Le festival d’animation est terminé, Annecy a retrouvé son calme habituel. Les allées du Décavision, bondées la semaine passée, sont aujourd’hui désertes alors que je décide d’aller voir Vice-Versa, le nouveau produit tout droit sorti de chez Pixar, petit bijoux qui vient lustrer le blason du studio terni après plusieurs échecs (sur un plan artistique surtout). Pete Docter, son réalisateur, était venu présenter à Annecy l’année dernière les premières images du film – que l’on nommait à l’époque uniquement par son titre anglais, Inside Out, littéralement « Sans dessus-dessous », beaucoup plus éloquent que le titre français qui a été choisi par la suite. Lors de l’édition 2015 du festival, après avoir été projeté à Cannes un mois plus tôt, Vice-Versa, donc, est montré en avant-première le mardi 15, un jour seulement avant d’envahir les écrans de France et de Navarre.

Qu’il est amusant, alors que nous ne sommes pas plus d’une vingtaine dans la grande salle du Décavision, de se remémorer la foule qui s’était précipitée, agglutinée (et en définitive, bien souvent refusée) ce mardi 15 juin pour assister à une séance apparemment exceptionnelle, mais accessible en réalité dans n’importe quelle salle de cinéma lambda à peine 24h plus tard. Le festivalier, un personnage irrationnel, proche du mouton et prêt à aller voir un film pour suivre le troupeau ? A moins que ce ne soit le festival qui, lorsqu’il se transforme en plan com’ [7], réduit l’offre à une seule séance pour Vice-Versa pour gonfler la demande et ainsi créer l’événement, ancrer l’idée que la séance est, de fait, immanquable et exceptionnelle. Est-ce le festivalier qui exige de la part du festival du spectacle, où est-ce le festival qui conditionne les attentes du festivalier ? Vaste et éternel débat de la poule et de l’oeuf...

Portfolio

Notes

[1en fait, seulement dix des quinze réalisateurs ont pu y rentrer faute d’autorisations nécessaires

[2la grotte proposée aux visites n’est qu’une copie construite de toute pièce à partir de l’originale

[3en charge de la partie « animation » de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

[4sous le titre d’Arabian Knight

[5Après plusieurs tentatives de sa part, et pris de pitié devant son air abattu, nous ferons finalement entrer cette pauvre dame dans la grande salle grâce à des places de dernières minutes données par un autre festivalier

[6le réalisateur du court-métrage Nuggets

[7c’est presque inévitable, quand une telle organisation prend une envergure internationale

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