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Lectures sur un plateau

mercredi 15 avril 2015 par Solène Lacroix CC by-nc

jeune public

Le festival Lectures sur un plateau qui se déroulait jusqu’au 10 avril au Théâtre Nouvelle Génération, à Lyon, a permis de donner la parole aux acteurs du théâtre jeunesse.

Acteurs au sens littéral, puisque les textes abordés lors de ce festival sont mis en voix sur une scène, par des comédiens impliqués, mais aussi acteurs au sens figuré puisque ce monde littéraire vit de l’investissement de médiateurs, professeurs et éditeurs.

Une table ronde qui veut valoriser le théâtre jeunesse

La table ronde intitulée « Le théâtre pour le jeune public a-t-il une identité dans le répertoire du théâtre contemporain ? » a permis de valoriser la littérature théâtrale jeunesse qui trouve sa place chez plusieurs éditeurs comme l’École des Loisirs, L’Arche, ou encore Espace 34. Ces éditeurs s’investissent beaucoup pour proposer un répertoire en pleine effervescence, qui réveille des comités de lecture en les adressant à des collégiens par exemple, qui voit l’apparition de prix que les élèves défendent eux-même avec leur sensibilité propre. Leur sensibilité est en effet la corde principale qui permet la lecture d’un texte, surtout s’il est construit en miroir avec eux, ce qu’ils vivent.

On a pu aussi réfléchir sur l’horizon d’attente des enfants et adolescents. Faut-il leur montrer des sujets violents, tabous, comment s’adresser à eux ? Il faut bien intégrer premièrement le rapport entre simplicité et simplification, éviter tout didactisme qui donnerait une réponse immédiate et ternirait la vitalité du récit, et enfin bien rappeler qu’il y a toujours distanciation. En effet, les enfants ne sont pas joués par des enfants, ainsi le jeune public ne peut pas tomber dans l’identification aveugle et absolue, c’est pourquoi il n’est pas dérangeant de parler de sujets pas toujours légers, il faut faire confiance aux enfants.

La discussion s’est tournée ensuite sur la vocation de ce théâtre. Le théâtre est l’invention d’une langue, d’une forme particulière. Et c’est là que se pose la question du récit : il faut avant tout raconter une histoire. Or un narrateur n’est pas toujours indispensable, et certains auteurs arrivent à jouer sur l’absence et présence de celui-ci tout en gardant le récit bien structuré. Peut-être y-a-t-il une hésitation sur la puissance de l’évocation, de ce que l’on peut transmettre par le jeu du dialogue ou monologue ? Le théâtre a l’ambition de s’adresser au public, ce qui justifierait l’évocation pure. Cependant, il y a la nécessité de garder un quatrième mur pour ne pas tomber dans un théâtre participatif et garder le récit intact. Mais ce récit est bousculé par des normes d’écriture toujours en mouvement et la tendance est aujourd’hui souvent de raconter un drame déjà passé, donc avec une écriture plus cinématographique avec flashback et autres procédés.

Pierre est un panda, le texte qui confirme la vitalité et la profondeur du théâtre jeunesse

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La mise en voix du livre de Christophe Pellet par Anne Courel, directrice du Théâtre Théo Argence de Saint-Priest est très touchante. Elle a permis de découvrir un texte qui lit la différence avec des yeux d’enfants mais aussi de parents. Pierre est un petit garçon qui préfère rester avec son amie Maria plutôt qu’avec les garçons de son école. Avec Maria, ils s’amusent beaucoup et sont dans leur monde d’enfants sans préjugés. Ils ont des jeux rigolos comme les zombies, ni garçons ni filles. Ils peuvent oublier l’étiquette de leur genre et s’amuser sans les « diktats » sociaux. Il ont un langage direct, des émotions tranchées et une honnêteté à la fois naïve mais qui soulève beaucoup de questions. En effet, la famille de Pierre ne ressemble pas à la famille de Maria. Les parents de la petite fille ne voient pas ça d’un bon œil, Pierre est un garçon différent donc triste, comme un panda. Il n’est pas définissable, ce n’est pas la copine, ce n’est pas le prince charmant et en plus il a deux mamans. Alors il n’est pas un petit garçon mais plutôt un panda. Les parents refusent alors que leur fille continue de fréquenter cette famille différente, Maria devient malheureuse. Et elle le rappelle bien : on se fiche d’être beau, fille, garçon, fratrie ou enfant unique. Ce qui compte c’est d’être heureux. Et elle n’est heureuse qu’en compagnie de Pierre, elle ne s’entend pas avec ses frères qui embêtent et répètent des ignominies sur la famille de Pierre.

Ce texte traite alors de la différence pas toujours acceptée des parents mais qui se heurte au monde nuancé et plein de couleurs des enfants. Les deux amis sont heureux ensemble car ensemble ils ne sont plus fille ou garçon, il sont des zombies ou des pandas. On a alors dans ce cadre un échantillon de la société pas toujours prête à dépasser sa conception de la famille. Mais à travers ces enfants, on voit que la famille idéale est celle où l’on est heureux. On aime ce rationalisme pourtant tellement évident dans la bouche des enfants. Cette mise en voix a pu montrer combien les enfants ont à nous apprendre : pour eux être différent c’est être au-dessus des médisances et différences justement. C’est être ce qui nous rend heureux, sans chercher à savoir le pourquoi, le comment, mais juste apprécier être librement soi, que ce soit fille, garçon ou panda.

Article initialement paru sur l’Envolée culturelle

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