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Les Souffles ne laissent pas de traces

dimanche 2 février 2014 par Félix Chotin CC by-nc

Après un petit retour dans notre Région, Timothée Rey remonte le temps pour nous offrir un polar aurignacien.

Depuis Dans la forêt des astres, Timothée Rey n’est pas resté inactif, publiant ici ou là diverses nouvelles. Trois d’entre elles, réunies dans un recueil en ebook intitulé La Providence du reclus sont à noter ici, car elles distillent avec talent l’horreur dans le cadre rassurant de nos calmes contrées alpines. La première, qui a donné son titre à l’ouvrage, raconte l’Indicible secret de notre bonne ville d’Annecy, dévoilé par rien moins que le maître en la matière : H. P. Lovecraft. « Naseaux fumants » nous met aux prises avec la Massive, une maléfique bête de l’hiver. « Trente-six, dix-neuf », doit son titre à une petite ritournelle des Bauges, clef d’un récit où les vieilles histoires ne sont pas toutes des légendes.
Voilà qui aura aidé à patienter ceux qui attendaient un ouvrage plus étoffé de cet auteur qui ne l’est pas moins.

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Et pour ce livre, Les Souffles ne laissent pas de traces, le troisième paru chez les Moutons Électriques, Timothée Rey a frappé fort, à grands coups de massue. Titulaire du prix Rosny Aîné 2011 pour la meilleure nouvelle, c’est peut-être ce qui lui a donné l’idée d’écrire une histoire se déroulant aux âges farouches de la préhistoire. Mais avec lui, la guerre du feu n’aura pas lieu, car l’action se déroule à l’aurignacien, époque où nos ancêtres savaient déjà faire des étincelles, et pas seulement avec des silex.
C’est dans ce cadre inattendu que Timothée Rey nous propose un roman policier, en suivant le sagace Chamane Colembolle N’a-Qu’un-Œil, qui se mêlera de résoudre le cas de bien mystérieuses disparitions. Alors qu’un grand nombre de clans se réunissent pour leur Jamboree, la première disparition, prélude à de nombreuses autres, intervient lors d’une partie de chasse en terrain découvert. Aucune explication rationnelle ne pouvant l’expliquer, les esprits du vent nommés les Souffles sont aussitôt mis en cause par les chasseurs désemparés. Mais les borgnes tels que Colembolle ne se laissent pas dépasser par de tels événements, et le Chamane mènera une enquête riche en péripéties.

Le récit tient les promesses du genre en tenant le lecteur en haleine jusqu’à la résolution finale. Narré avec le style inimitable de l’auteur, c’est déjà un régal. Mais le plaisir ne s’arrête pas là. Écrivain généreux, Timothée Rey joue avec les mots dans une exubérance rabelaisienne, maniant avec un égal bonheur figures de style subtiles et calembours laids disgracieux. Il sème ça et là de fines allusions littéraires, faisant évidemment la part belle à la SF et la Fantasy. Et il fait preuve d’une extraordinaire inventivité pour décrire les us et coutumes de ces ancêtres pas si improbables que ça. Et pour nous en dire plus à leur sujet, il entrecoupe les chapitres de brillants intermèdes : proverbes, devinettes, chants, contes et autres.

On se retrouve donc avec une œuvre tellement jubilatoire qu’on est désormais impatients de suivre la prochaine enquête du Chamane N’a-Qu’un-Œil, puisque celle-ci est annoncée comme la première d’une série à venir.

Pour commande directe à l’éditeur.

<cite|livre|titre=Les Souffles ne laissent pas de trace
|auteurs=Timothée REY
|editeur=Les Moutons électriques
|lieu=Lyon
|annee=2014
|collection=Une enquête de N’a-Qu’un-Œil, chamane-détective
|tome=1
|pages=320
|isbn=978-2-36183-139-4
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