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Minorités de genre et sexuelles au cinéma

dimanche 15 mai 2016 par Julie Grisolia CC by-nc

Fireworks, Le Secret de Brokeback Mountain, Mommy ou encore Carol
, ces films ont tous en commun de représenter les minorités de genre et sexuelles. Ce n’est pas une nouveauté, mais pourtant ce n’est pas assez.

Depuis 2012, les débats autour de la loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de mêmes sexes ont donné une tribune nouvelle aux LGBTphobies, preuve s’il en fallait que le chemin vers l’égalité est encore long et sinueux. Dans un tel contexte, la question de la visibilité des minorités de genre et sexuelles apparaît cruciale.

La majorité des films demeure caricaturale

Donner de la visibilité aux minorités de genre et sexuelles, c’est le rôle que doit endosser un médium aussi populaire que le cinéma. La représentation des minorités de genre et sexuelles au cinéma n’est pas une nouveauté.

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Tangerine - Ce film raconte l’histoire de prostituées trans

C’est effectivement en 1947 qu’a été réalisé Fireworks, de Kenneth Anger, le premier film homo-érotique. En 2005, le succès commercial incontesté du film Le Secret de Brokeback Mountain a montré que ces productions pouvaient être lucratives. Le film Mommy du réalisateur canadien ouvertement homosexuel, Xavier Dolan, a remporté le prix du jury du Festival de Cannes en 2014 et le César du meilleur film étranger en 2015. La même année, Rooney Mara a, quant à elle, obtenu le prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes pour sa prestation dans Carol de Todd Haynes.

De nombreux exemples tendent à montrer que les thématiques en lien avec les minorités de genre et sexuelles sont aujourd’hui plus visibles que par le passé dans la production cinématographique internationale. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : l’écrasante majorité des films demeure sexiste, marginalise les minorités de genre, les caricature à outrance, et ne représente que peu la diversité des orientations sexuelles.

Créer des espaces de vivre ensemble

Dans son rapport 2015, l’association SOS Homophobie évoque la répartition géographique des cas d’agressions LGBTphobes qu’elle a pu recenser : 62% des agressions physiques qui lui sont rapportées se déroulent en dehors de l’Île-de-France. Des chiffres qui donneraient raison au vieil adage "Pour vivre heureux.ses, vivons caché.e.s".

C’est en raison d’un tel contexte qu’il est plus que jamais nécessaire de lutter contre la sous-représentation des minorités de genre et sexuelles. Des efforts doivent être faits et la multiplication d’événements culturels dédiés va dans ce sens.

Il peut sembler angélique de penser que la visibilité, l’échange et le dialogue sont des vecteurs de progrès social. Pourtant, dans un contexte de division, de repli dans l’entre-soi, il est plus que jamais nécessaire de créer des espaces où se renouent les liens distendus du vivre ensemble.

C’est la raison pour laquelle, nous avons fondé Transposition, le festival de film des minorités de genre et sexuelles de la ville d’Annecy dont la première édition se tiendra du 17 au 28 mai prochains : car il est urgent de se réunir, de se parler, d’apprendre à se connaître. C’est pour cela que nous avons fait le choix d’élaborer un événement culturel rassembleur et éclectique dans sa programmation, pour instaurer un dialogue entre toutes les communautés, quels que soient le genre, l’orientation sexuelle ou l’origine sociale.

Une tâche ardue, pour plusieurs raisons

Le premier des écueils rencontrés concerne la production cinématographique elle-même. Quid de la représentation de la bisexualité au cinéma ? Que dire de la visibilité des personnes trans dans les grosses productions ? Choisir d’entrer dans une démarche inclusive, c’est déjà se heurter à la rareté des supports, surtout lorsque l’on veut défendre le travail des artistes issu.e.s de ces communautés invisibilisées.

L’autre difficulté majeure est celle du financement. Si nous avons reçu un soutien indéfectible de la part des acteurs et actrices de la vie culturelle locale, nous avons pu constater à quel point la mise en œuvre pouvait s’avérer difficile. Aucune collectivité territoriale n’a voulu intervenir directement dans le financement du projet, malgré un accueil parfois enthousiaste de la part de nos interlocuteurs et interlocutrices. La frilosité des pouvoirs publics nous a conduit.e.s à lancer une campagne de financement participatif.

Transposition répond à une vraie demande et à un véritable besoin dans un département où les événements culturels en lien avec les thématiques propres aux minorités de genre et sexuelles ne sont pas légion. Nous voulons impulser une réelle dynamique au niveau local car nous refusons d’être gouverné.e.s par la crainte de voir nos identités et nos orientations affichées au grand jour.

Au contraire, nous estimons que ce n’est pas en vain que le militantisme LGBT+ a choisi de se placer sous le signe de la fierté depuis ses origines, dans les émeutes de Stonewall en juin 1969, mais cette fierté est une lutte qu’il faut sans cesse renouveler et c’est le sens de notre engagement au sein de Transposition.

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