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Festival d’animation Annecy 2013

Qui veut la peau de Richard Williams ?

mardi 11 juin 2013 par Olivier Dutertre CC by-nc

Le festival d’animation est le lieu privilégié pour découvrir tout un monde de création actuelle, généralement peu visible ailleurs tout au long de l’année. C’est aussi parfois l’occasion de mettre en lumière le travail des générations précédentes, c’est le cas du documentaire « Persistence of vision » qui retrace l’aventure du studio de Richard Williams.

Largement inconnu du grand public, Richard Williams est le plus souvent cité via l’implication de son studio dans « Qui veut la peau de Roger Rabbit », qui a été une vraie réussite, tant commerciale que du point de vue des techniques avancées d’animation avec des prise de vue réelles.

Mais cela serait réduire une oeuvre bien plus vaste, que ce documentaire [1] permet de mettre en perspective, par des extraits et des témoignages.

Car non content d’être un studio commercial à l’activité pérenne , les studios londoniens Richard Williams production étaient également un lieu d’excellence au statut reconnu dans le circuit professionnel et qui aimantait toute une communauté d’apprentis animateurs. À la manière des compagnons du moyen-âge, toute une communauté d’apprentis-animateurs venus de toute l’Europe a pu forger son talent et acquérir une maîtrise dans un esprit d’émulation.

Passionné de dessin dès l’enfance et perfectionniste jusqu’à l’obsession. l’artiste présentait une exigence sans relâche pour lui-même, mais aussi pour tous ses collaborateurs, qu’il poussait dans leurs retranchements, capable tour à tour de les faire briller et de les épuiser.

Le livre « the animator’s survival’s kit », reflet des tours de main de toutes ces années de studio est d’ailleurs une référence qui a traversé le temps pour qui souhaite tâter de l’animation,

Le grand œuvre

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Mais le propos de R. Williams était plus ambitieux. Les travaux commerciaux en studio ne servaient au fond qu’à permettre le développement de films plus créatifs.

Un projet de long métrage s’est mis en place sur un grand nombre d’années, réunissant la crème de l’animation et produisant des séquences d’un niveau jamais atteint. Le projet intitulé « le voleur et le cordonnier [2] » a été sans cesse remanié, tant l’aspiration à la perfection était forte.

Du coup le projet était malade de ce souci de perfection sans cesse renouvelé (le projet été entamé pendant 28 ans). Jusqu’à ce qu’au final les studios de la Warner sifflent la fin de la partie et récupèrent lors d’un « coup de force » l’ensemble du matériel.

Des tâcherons attelés à la va-vite et des coupes importantes dans l’existant ont fini de dénaturer le projet et une version commerciale est sortie dans indifférence générale, mais surtout dans une forme complètement dévoyée. C’est finalement cette folle exigence artistique qui a eu la peau du projet plus que tout autre chose (R. William refuse depuis de s’exprimer publiquement sur cette histoire).

Le travail ne fut pas perdu pour tout le monde, puisqu’au final certains personnages du projet on été repris trait pour trait par le « Alladin » de Disney. Amère reconnaissance.

Portfolio

The Thief and The Cobbler Chase Scene Redo

Notes

[1signé Kevin Schreck (j’ai cru à un canular)

[2The thief and the cobbler

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