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Rien ne sert de courir, il faut mourir à point !

mardi 22 mai 2012 par Thierry Saint-Solieux CC by-nc

dès 15 ans

Honte à moi ! J’ai lu tardivement Stefan Zweig - en profitant d’une édition de poche - !!! Mais je l’ai tout de suite aimé... Puis j’ai découvert l’homme et le créateur à travers une biographie. Et il m’est devenu plus proche grâce au livre de Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, que voici publié sous forme de BD (Casterman) soixante-dix ans jour pour jour après le suicide de l’écrivain.

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Fin des années trente : à l’encontre de son entourage, Zweig est convaincu que rien ne peut arrêter Hitler, il quitte l’Autriche et voyage d’un pays à l’autre. Son sort est peu enviable : en tant que juif et intellectuel, les nazis souhaitent sa mort, et en tant que ressortissant d’une nation ennemie, on se méfie de lui...

Déraciné, ayant perdu bon nombre de ses amis et voyant le monde qu’il aime basculer dans l’horreur, Zweig reste un écrivain connu et admiré mais qui sombre dans le désespoir. Ses déplacements l’amènent au Brésil où la beauté du pays et le climat de paix lui redonnent le goût de vivre pour un temps. Sa jeune épouse Lotte, collaboratrice dévouée et amoureuse inconditionnelle est un soutien constant dans sa lutte contre la "bile noire" qui menace de l’engloutir.

Mais la chute de Singapour en 1942 est un coup de grâce : persuadé que les fascistes vont gagner la guerre, impuissant face à la maladie qui ronge Lotte, Zweig met fin à ses jours en sa compagnie... Le roman de Laurent Seksik est touchant, finement écrit et son adaptation est très réussie : la grandeur tragique de Zweig, témoin impuissant du désastre, ne fait pas obstacle à l’émotion.

Magnifique dessin de Guillaume Sorel, que l’on admire plus souvent dans des récits fantastiques et ténébreux, quelque part entre Lovecraft et Jean Ray : son trait détaillé, expressif et torturé à la fois y fait merveille ! Est-ce le fait de se trouver en Amérique du Sud, dans cette atmosphère de jardin luxuriant éclaboussé de lumière ?

Le travail de Sorel prend de l’ampleur, les couleurs sont vives, les perspectives s’ouvrent, mais les petits moments de bonheur arrachés au quotidien ne suffisent pas à calmer l’angoisse qui suinte de chaque case. Est-ce la fin du monde ? C’est en tout cas la fin d’un monde...

Se plongeant dans ses souvenirs, Zweig revoit sa chère ville de Vienne et le bouillonnement intellectuel qui l’agite au début du XXe siècle. Paradoxe en vérité, car la capitale de l’Autriche est terriblement conservatrice et même hostile envers les défricheurs de la modernité : Mahler, Klimt, Schiele... et bien sûr Freud.

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Sigmund Freud, qui se lie d’amitié avec Stefan Zweig et avec lequel il correspond abondamment. Freud qui s’exile en Angleterre comme Zweig. Freud qui a lui aussi sa BD !!!

Réalisée par Corinne Maier et Anne Simon pour l’éditeur Dargaud, Freud n’est pas vraiment une biographie du papa de la psychanalyse, mais plutôt un aperçu de ses théories et expériences au fil d’une narration chronologique.

C’est peut-être une faiblesse, en ce sens que l’on pourrait souhaiter plus de didactisme dans le traitement d’un sujet fort complexe et situé essentiellement sur le plan intellectuel, la vie de Freud n’ayant rien de spectaculaire. Mais c’est aussi une approche somme toute originale et voisine de la libre association d’idées, de la divagation des pensées caractéristiques d’une séance chez le psy !

Surtout, le dessin est totalement emballant dans sa fausse naïveté, sa cocasserie assez irrévérencieuse : le tout est souvent drôle et donne envie d’en savoir plus sur le "cas" Freud !

<cite|livre|titre=Les derniers jours de Stefan Sweig
|auteurs=Seksik Laurent / Sorel Guillaume
|editeur=Casterman
|annee=2012
|pages=86
|isbn=9782203041769
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<cite|livre|titre=Freud, une biographie dessinée
|auteurs=Maier Corinne / Simon Anne
|editeur=Dargaud
|annee=2011
|pages=56
|isbn=9782205068283
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Billet paru initialement dans Actualitte.com

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