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Rodolphe Burger...Happy providence en or ?

lundi 5 juin 2017 par Anne Emeraud CC by-nc

Avant toute chose, être honnête : j’ai vu 2 fois Rodolphe Burger en trio, il y a quelques années et ces concerts font partie des plus importants de ma vie. Le 19 mai dernier, j’ai recommencé : je suis allée le voir à l’Usine à Gaz, à Nyon, bien consciente de ma tendresse crasse pour sa musique, sur un fond de vigilance et d’inquiétude...

Que dire... ?

La salle de l’Usine à gaz est petite : il est évident « qu’on va être près », de la musique, des musiciens, de Rodolphe Burger. En arrivant, je me place devant la scène, je suis petite et je veux tout voir, prendre toute la musique de plein fouet.
Rodolphe Burger arrive d’un pas franc, sourire paisible, avec ses 2 musiciens. Il s’assied au centre, le batteur, Christophe Calpini, collaborateur suisse de longue date, d’un côté, et la contrebassiste Sarah Murcia (sa bouche rouge-sang comme une lumière au long du concert), de l’autre. Pas en retrait non, à côté, avec le chanteur-guitariste sur le devant de scène.


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Rodolphe Burger - @Usine à Gaz, Nyon, mai 2017
© Zoltan Novak/Free little dot Photography

Ça commence, direct, avec plusieurs morceaux (« Good », « Cummings », « Poème en or », « Happy hour »...) issus de son dernier album, Good, que Burger enchaîne, sans un mot, suivi/soutenu/accompagné des 2 autres musiciens. Il enchaîne, avec énergie, avec force mais sans violence. Nous voilà balancés dans sa musique, mais il y a cette retenue qui nous laisse suffisamment sur notre faim pour attendre la suite, sans saturation, après chaque morceau.

« Good ! » Comme il dit.

Au début, pour les premiers morceaux, Rodolphe est seul au chant, et puis la voix de Sarah Murcia s’immisce dans les morceaux suivants, contraste avec la voix de Burger, lui répond, et fait prendre un tournant imprévu au concert. L’énergie est toujours là, mais étrangement, de la douceur se pose dessus, sans jamais la casser. Et la force déjà présente, se transforme et nous amène à la fin du set, au rappel, reprise enflammée et brillante de Kraftwerk, « Radioactivity », qui finit de nous consumer ; il faut voir le public onduler, comme acquiescer, longtemps, longtemps à ce qui lui est donné.

Pas de pincettes, pas de ronds de jambes

Rodolphe Burger n’a rien à prouver. Et sa musique en live sonne d’autant plus. Tout autour est dense, rempli de sons, de musiques, de mots et de textures. Tout est riche, on pourrait peut-être nager dans cette musique, la toucher, presque, de la main.

Rodolphe Burger ne parle pas entre les morceaux, ou très peu : tout est dit dans la musique, dans le son particulier de sa guitare, les paroles des chansons, particulièrement celles d’Olivier Cadiot – ami et parolier génial, en toute honnêteté (« Providence » et « Poème en or » nous le prouvent sous nos yeux et nos oreilles ébahis).

Pas besoin d’expliquer ce qui se passe, ce qui va venir, ce que tout cela veut dire : la musique ici est libre de compréhension et de ressenti – ce qui la rend d’autant plus précieuse, comme un petit feu.

Pas besoin d’explications non plus, quand on regarde son visage, lorsqu’il arrive, s’installe et commence à jouer/chanter. Le plaisir est là pour lui aussi, incontestable. Il sourit, joue, s’amuse à jouer, et nous regarde comme pour dire : vous avez entendu ? Et ça, écoutez...ça vous a plu ?
Le lien avec le public se fait là fort et durable.

Ce qui est compliqué, vous savez, c’est de parler de quelqu’un qui pour vous, n’a rien à prouver. Pas parce-qu’il est toujours bon ; pas parce-que pour vous, selon vos critères personnels, il serait intouchable ; pas parce-qu’à force d’albums et de concert, le temps passant, on reviendrait le voir avec cette indéfectible affection, comme on mangerait une madeleine proustienne.

Rodolphe Burger n’a rien à prouver, il nous a juste saisi au vol et nous étions simplement dans l’ignorance de ce bonheur-là.

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