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Souvenirs sépia

mardi 12 février 2013 par Thierry Saint-Solieux CC by-nc

dès 12 ans

« L’enfance d’Alan » est une déclaration d’amitié, comme il y a des déclarations d’amour ! La merveilleuse conséquence artistique de la rencontre sur l’île de Ré, à la fin des années 90, entre le Français Emmanuel Guibert et l’Américain Alan Ingram Cope, et du coup de foudre amical résultant.

On peut être inquiet avant d’ouvrir ce livre : est-il à la hauteur de « La guerre d’Alan » ? Dans ce précédent opus, on voit le jeune Cope mobilisé lors du deuxième conflit mondial apprendre le métier de soldat et profiter du brassage social de la conscription pour faire des rencontres enrichissantes et inattendues. Vif et curieux, tout ce qu’il voit l’intéresse, et c’est un conteur-né. Mais le temps qu’il soit formé, l’armistice est signé !!!


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Le voilà du coup parcourant l’Europe de l’après-guerre au sein des troupes d’occupation et se passionnant pour la culture du Vieux Continent. De ce fait, « La guerre d’Alan » est riche en évènements et en péripéties propres à retenir l’attention du lecteur. Au contraire, dans « L’enfance d’Alan », c’est la petite musique du quotidien et de l’intime qui se joue, celle d’un garçonnet vivant au sein d’une famille américaine modeste pendant les années de la Grande Dépression. Rien de saillant, que du banal.

Et pourtant... Dès les premières pages, la magie opère à nouveau ! Enfin, précisons : les premières pages consistent en une série de photos retouchées montrant une enfilade d’autoroutes, quelque part entre Los Angeles et Santa Barbara. En contrepoint de ces images, le commentaire d’Alan Cope décrivant la Californie du Sud, écrin de nature peu peuplé qui l’a vu naître en 1925. Plus vraiment le même monde...

« L’enfance d’Alan » est un livre très bavard, mais le propos n’est jamais ennuyeux, car Alan nous raconte sa vie à la façon d’un grand-père parlant à ses petits-enfants, en mélangeant descriptions pittoresques autant que souvenirs précis d’un monde disparu. Défilent ainsi, en s’appuyant parfois sur des photos un peu estompées, des cousins, oncles et autres tantes.

Des lieux, aussi : tout d’abord, les différentes maisons occupées par Alan et ses parents, déménageant au gré des aléas financiers et des regroupements familiaux. Le père d’Alan a un travail régulier et l’enfant ne manque de rien, mais il faut compter l’argent en permanence. Puis les plages de Long Beach et Santa Monica, encore peu fréquentées à cette époque, ou les contreforts de la Sierra Madre, qui semblent être un vrai décor de western ...

Souvent à hauteur d’enfant, le regard porté sur ces gens modestes comblés par des plaisirs simples est d’une immense tendresse. Un sentiment de paix et de sérénité se dégage de l’album. Sa qualité doit beaucoup au parti pris graphique d’Emmanuel Guibert d’isoler souvent ses personnages dans un cadre sans arrière-plan, ou bien au contraire de se focaliser sur un élément du décor.

Une façon de concentrer le regard du lecteur et de suspendre le temps. Une invitation à se plonger soi-même dans ses propres souvenirs d’enfance...

<cite|livre|titre=l'enfance d'Alan |auteurs=Emmanuel Guibert |editeur=l'Association |lieu=Paris |annee=2012 |isbn=9782844144553 >

Chronique parue initialement dans actualitté

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