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Antigel 2017

Sweat Baby Sweat ou l’éloge de la lenteur

mardi 14 février 2017 par Corinne Gabriel CC by-nc

Le festival multidisciplinaire Antigel, qui n’a pas son pareil pour réchauffer l’agenda culturel engourdi par les frimas de l’hiver, proposait le 7 février au Lignon (Genève) un spectacle classé dans l’intrigante catégorie « danse contemporaine / orgasmique ». Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité…

Sweat Baby Sweat s’annonçait donc délicieusement subversif. La pièce – tout comme The Dog Days Are Over à l’affiche deux jours plus tard – porte la signature du chorégraphe flamand Jan Martens, trentenaire qualifié par les Inrocks de « figure libre de la nouvelle vague belge ». Sa marque de fabrique ? Une danse conceptuelle, éminemment physique.


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Sur la scène, nue de toute fioriture à l’exception de phrases projetées sur un écran, deux danseurs campent un couple amoureux dans une lente étreinte acrobatique. Fond sonore, décors et costumes sont placés sous le signe du minimalisme, comme pour mieux faire ressortir la performance époustouflante des artistes. Ceux-ci livrent un exercice d’une grande puissance physique, qui laisse deviner une intense tension musculaire (les perles de transpiration qui roulent sur le front du danseur donnent raison au titre, il n’y a pas tromperie sur la marchandise !), mais dont on retient surtout l’impression de douceur, de poésie, le juste équilibre entre force et fragilité.

Loin de tout voyeurisme, le spectateur s’immisce ici dans l’intimité du couple. Il assiste à un combat d’athlètes au ralenti symbolisant l’amour qui vous consume, entre désir physique et tendresse romantique, douleur parfois. Dans une parfaite osmose, les deux corps sont accrochés l’un à l’autre, ils s’imbriquent, se relâchent pour mieux se retrouver, s’effleurent, s’agrippent et s’enlacent. Les yeux ne se quittent pas, et la danse se poursuit même le temps d’un baiser langoureux qui se prolonge, encore et encore. Les portés s’enchaînent, la frêle danseuse suspendue à son partenaire par les mains ou par les jambes, semble en lévitation.

Si la présentation du spectacle pouvait éventuellement le laisser craindre, pas une once de vulgarité dans cette œuvre, qui exhale en revanche la sensualité et laisse le public envoûté et haletant – comme les danseurs. Une exploration jouissive des variations du rapport charnel et amoureux dans laquelle chacun peut se projeter.

Toutes photos © Jean-Christophe Arav, pour Antigel

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