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« Tu seras une femme, ma fille »

lundi 1er février 2016 par Corinne Gabriel CC by-nc

« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir… » C’est par cette phrase que débute « Si », le célèbre poème écrit par Rudyard Kipling à l’intention de son fils. Le 26 janvier à l’Auditorium de Seynod, la Compagnie Calabash présentait sa création inspirée de ce texte, décliné pour l’occasion au féminin. Trois danseuses, une narratrice et un musicien, ou quand les corps, les mots et les notes se rejoignent et s’entrelacent pour explorer la construction de l’identité et la transmission filiale.

Vous qui, par peur de l’ennui ou du conceptuel à la portée des seuls initiés, prenez généralement vos jambes à votre cou dès que vous apercevez le mot « danse » sur une affiche, approchez ! Eh bien, un peu plus près, ne soyez donc pas timides ! (Et si la danse vous fait vibrer, venez aussi bien sûr, mais je suppose que là je prêche des convaincus !) Quel que soit votre camp, ce spectacle saura vous envoûter. Il repose sur la danse certes, mais pas que… Du théâtre et de la musique live aussi, et ce chassé-croisé crée une rythmique tout en sublimant l’esthétique des chorégraphies.

Les lumières s’allument sur le musicien. Seul sur scène, il transporte le public dans l’univers du spectacle. Les cordes de sa guitare et sa voix – soulignées plus tard par le tintement d’un bâton de pluie – posent un décor chaud et métissé, qui se fera tour à tour joyeux, mélancolique, lancinant. La partition musicale est renouvelée, presque réinventée, à chaque représentation. Une large place est ainsi laissée à l’improvisation, même si des repères sont calés entre le compositeur-interprète et les danseuses.

Les trois danseuses entrent d’abord ensemble, mais s’expriment également dans leurs solos respectifs, où elles livrent leur interprétation du rapport à l’héritage familial. Celle-ci entre en résonance avec le poème de Kipling, récité par la narratrice, qui incarne une figure maternelle, bienveillante et conseillère, dont la silhouette vaporeuse – et même fantomatique en fin de spectacle – navigue avec légèreté d’une soliste à une autre.

Un triptyque

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Trois portraits, trois personnalités se révèlent alors. Au spectateur de choisir sa lecture (ou, tout simplement, d’ouvrir grands les yeux et les oreilles pour savourer ce moment). J’y ai discerné pour ma part, dans un défilement chronologique, tout d’abord l’énergie de la jeunesse, l’adolescence rebelle et fantasque, puis l’âge adulte dans une certaine sérénité teintée de nostalgie, et enfin une confrontation au vieillissement, à l’ombre de la mort et, partant, une urgence à vivre le temps présent. C’est donc le récit du passage d’un âge à un autre, du lien intergénérationnel, de la transmission. Les chorégraphies, superbes dans leur travail de torsion, évoquent la fragilité, les doutes, la force, la sensualité, bref, l’apprentissage de la vie.

On se fond dans ce spectacle comme dans un cocon réconfortant, à la douceur enveloppante. Les cinq protagonistes du spectacle semblent unis par une connivence, une écoute réciproque, et dégagent une impression d’harmonie, une belle alchimie. Vous l’aurez compris, j’ai aimé, énormément, et ne peux que vous encourager à le découvrir vous aussi !

Créée en 1992 en Bretagne par le chorégraphe Wayne Barbaste, la Compagnie Calabash est installée à Seynod depuis 2012. Son créneau, la danse jazz « nouveau concept », un processus de création qui met en avant la théâtralisation du corps et de l’expression.

Portfolio

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