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Construction(s) d’un peintre.

lundi 23 mai 2011 par Franz Narbah Pas de licence spécifique (droits par défaut)

Renaud Jacquier Stajnowicz expose actuellement dans les espaces de la mairie de Seynod. L’occasion d’une rencontre éclairant son parcours artistique.
Bilan d’une étape pour celui qui — selon ses propres mots — “conscientise” son travail après l’avoir réalisé.

A l’issue de son exposition au forum de Bonlieu en 1990, Renaud Jacquier Stajnowicz pouvait se féliciter : ses matières ont charmé le public, les retours ont été excellents.

Rentré chez lui, étrangement, il cesse de peindre pendant près d’un an. Une sorte de dépression ?

Certainement.

Il a beau savoir qu’il fonctionne par période successives, que son inspiration doit mourir pour mieux renaître, il a beau se connaître, il a mis tout son savoir faire dans cette dernière exposition et à présent ne sait plus que faire. Le doute et la vacance sont là.

Un jour, il va s’asseoir dans son atelier où traîne un châssis de grande dimension. Il s’occupe à tendre dessus une toile. Puis, pour s’occuper encore et remplir ce qu’il ressent comme un vide, il s’applique à appliquer sans idée particulière un barbouillage de noir, à l’image de ce deuil qui travaille en lui.

Il s’assoit et regarde la chose.

Alors, soudain il voit le tableau entrer en résonance avec la pièce. Il a une révélation.

Cette vision fulgurante n’est pas celle d’un Saint Esprit en forme de rayon de soleil érotisant l’arrière plan dans une toile de la renaissance italienne.

C’est presque l’exact inverse : peut importe l’image qu’elle porte, la toile est juste un objet posé là, magnifique par sa seule présence.

Le départ pour une nouvelle piste de réflexion et de travail qui amène celui qui jusqu’alors se posait comme tout le monde des questions de contenu à se poser la question du contenant. La toile en tant qu’objet posé là.

C’est donc ça un monochrome ! Noirs, blancs, parfois rouges, ils se succèdent.
La question n’est plus de savoir quoi peindre mais d’asseoir l’objet peint dans l’espace. Objet qui se présente comme un corps à dresser, à affermir, à appuyer.

Le travail qui va alors prendre plusieurs années consistera à travailler sur la forme des châssis.

Pour la matière peinte proprement dite, l’absence totale de figuration, même abstraite, ne propose qu’une seule direction : celle de la résolution des contraintes techniques. Un travail de peintre en bâtiment. La colle de peau et le noir ivoire nécessitent d’être passés à chaud et la texture de la couleur appliqués en lentes bandes superposées finissent pas donner une fine composition. Mais le sujet n’est pas là.

C’est la forme de l’objet, donc du châssis, qui demande à préciser sa présence dans l’espace, dans son environnement. Un patient travail de menuiserie sur la forme du contours s’élabore.

Les tableaux peu à peu entrent en collision avec le mur, le sol, le plafond.

L’artiste bascule radicalement dans l’univers de l’art contemporain. Il n’est plus question d’habiter la toile, mais de faire qu’elle habite l’espace qui la contient.

Hors du travail manuel, très attaché au métier —application de la couleur, menuiserie des châssis—, une macération de l’idée d’objet fait son chemin sous l’apparente uniformité de la surface. L’objet peint est un corps. Il ne peut prendre vie à l’intérieur qu’en respectant les lois organiques qui régissent l’interaction de n’importe quel corps dans l’espace : linéarité pour la direction à prendre, droit au but, mais parcourue des circonvolutions qu’implique les déplacements—animaux cette fois— ceux du peintre lui même et ceux des spectateurs : roulement des hanches, rotation du cou et des épaules ; ondulations des trajectoires de déplacement, croisement avec d’autres structures matérielles. Héritage peut-être de la méthode Feldenkrais qu’il a pratiqué pendant vingt ans, dans une vie antérieure.

Les châssis s’imbriquent désormais, non seulement dans les surfaces qui les environnent, mais se percutent eux même, s’imbriquent les uns dans les autres, suivis en cela par la couleur, toujours unie, mais qui se chevauche ici et là, dévoilant des jeux de transparences, et prolonge le travail des formes purement matérielles dans un jeu subtil qui trompe l’œil.

Le travail aujourd’hui présenté à Seynod est terminé, fini. Il aura mené le peintre dans des territoires jusqu’alors inconnus de lui et dont témoigne son curiculum (voir)

Les monochromes ont fait place à ces objets à la fois simples et complexes, posés, imbriqués, placés, au milieu desquels on nous propose de nous déplacer.

Le peintre se déclare quant à lui à nouveau dans la vacance. Mais comme en témoignent déjà quelques boîtes discrètes, il n’a pas cette fois perdu le fil.

Fil qui semble être à la source du travail à venir. Fil qui, s’il n’est pas tissé ni cousu, est libre de tous les possibles.

Après l’inexorable rigueur des formes droites et de la couleur plane, place aux lemniscates serpentins.

On les devine peut-être déjà dans ces fragments courbes des œuvres actuelles.

Où ce fil ménera-t-il Renaud Jacquier Stajnowicz ?

On verra.

Renaud Jacquier Stajnowicz est présent de façon permanente à la Galerie Lahumière à Paris ce qui permet de le qualifier comme un représentant de cette forme exigeante nommée "Art concret, art construit…"

  • Renaud Jacquier Stajnowicz :
    du mercredi 11 mai 2011 au jeudi 16 juin 2011 Hôtel de ville de Seynod. Jardin d’hiver -Atrium.

    du lundi au vendredi 8h30 à 12h et 13h30 à 17h.

    Contact 04 50 52 08 00

    mail@jacquier-stajnowicz.fr

    Rencontres :

    Jeudi 26 et Venbdredi 27 mai, visites guidées à 17h et 18h

    Mercredi 31 mai et Jeudi 1er juin, visites guidées à 17h et 18h

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