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Les pirates connaissent la musique

mardi 20 septembre 2011 par Franz Narbah Pas de licence spécifique (droits par défaut)

Les pirates ne sont peut-être pas ceux que l’on pense.
Quand les ethnologues étudient le copyright musical, leurs conclusions sont pour le moins troublantes.

J’ai “fait” cet été une visite au Musée du quai Branly à Paris.

En sortant, à la boutique, j’ai acheté, compulsivement, le 12 ème numéro de la très belle revue Gradhiva, éditée par le Musée lui même. J’ai été frappé par le titre provocateur : “La musique n’a pas d’Auteur”.

Il s’agit d’une étude très docte sur l’histoire et le devenir du copyright concernant la musique par des anthropologues. Superbement illustrée.

Tout est passionnant là-dedans.

Je ne veux pas lister ici les arguments pour et contre le piratage, ni assenner des vérités concernant la loi Hadopi.

Le premier article de la revue fait, beaucoup mieux que je ne pourrais le faire, une synthèse magistrale de la problématique.

Je veux juste signaler à votre attention éclairée cet ouvrage qui, pour une fois, situe le contexte du copyright dans une perspective aussi intéressante qu’inhabituelle et légaliste.

Savez-vous par exemple qu’il est permis de douter que Bach puisse être considéré comme un auteur au sens où nous l’entendons aujourd’hui, puisque lui-même ne se considérait pas comme un musicien, mais uniquement comme un théologien ? Et Dieu lui permettait des choses que le copyright actuel ne permet plus.

Savez-vous que les musiques traditionnelles n’ont pas d’auteur déclaré, qu’elles sont depuis toujours considérées par les cultures qui les produisent comme des “biens communs”, ce qui ne les empêchent pas de rapporter de confortables droits aux entreprises qui les utilisent au cinéma ou dans la publicité.

Savez-vous que pour un musicien tzigane, le “pilleur intelligent” fait honneur au compositeur en reprenant son œuvre, si toutefois il ne copie pas sa “façon” de jouer. Car dans ce cas, le plagieur de “style de jeu” risque bien de se faire casser la figure.

Savez-vous que la musique techno est un défi permanent à la notion de propriété musicale ?

Savez-vous enfin que l’industrie de la distribution des œuvres dans le domaine culturel est à bien des égards comparable à celle des médicaments, une question de santé publique ?
Savez-vous enfin qu’elle est aussi liée au droit inaliénable de l’individu à accéder au patrimoine universel du savoir de l’humanité ?

Voilà. J’espère vous avoir donné envie d’écouter la voix des sans voix, amplifiée par les anthropologues du Quai Branly qui signent ici un remarquable travail d’analyse.

Vous pouvez télécharger pour votre usage personnel le PDF du premier article. C’est gratuit.

Pour les autres articles, c’est 5€ l’article en téléchargement.

Les comptes rendus en fin d’ouvrage, sur d’autres sujets, sont eux aussi gratuits.

Vous pouvez aussi acheter la revue qui coûte 20 €.

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