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Saint Mars, atmosphérique

mardi 26 juin 2018 par Tanja Matic CC by-nc

Saint Mars, mélange de musiciens suisses, anglais et américains, mérite que l’on s’y attarde quelques instants. Leur EP Ocean Blues sorti en 2017, comprenant 4 morceaux (« Ocean Blues », « Boys Never Cry », « A Love Impossible », « Broken Prophecy ») est un savoureux mélange d’ambiance atmosphérique, de rock expérimental et de guitare hypnotisante, accompagné de la mystérieuse voix de Marc Darcange.

Saint Mars, né de la rencontre entre son fondateur Marc Darcange et Angelo Bruschini, guitariste du groupe bristolien Massive Attack, a déjà fait parler de lui ces derniers mois à plusieurs occasions dans la presse anglophone. « Ocean Blues » aborde le sujet du harcèlement de l’enfance.


Saint Mars « Ocean Blues »

Pour ce titre, le groupe sort un clip vidéo tout à fait étonnant :

On y voit un jeune garçon poursuivi par des ombres effrayantes durant une bonne partie de la chanson.
Le 28 avril dernier, un tout nouveau morceau « Somewhere Somebody » fait son apparition sur la toile. Interprété par le jeune, Tryzdin Grubbs, originaire de l’Ohio, il exprime des paroles fortes suivi d’un nouveau clip sous forme d’animation basé sur sa propre et triste expérience.

Marc et Tryzdin, que nous remercions chaleureusement ont accepté de répondre à quelques questions :

Entretien avec Marc Darcange :

1. Marc, quelle est la signification du nom Saint Mars et pourquoi l’avoir choisi pour le groupe ?

C’est une histoire assez originale...au départ, le groupe s’appelait « We Make Storm » et était censé sonner beaucoup plus « heavy ». Le morceau « Broken Prophecy », sur notre premier EP, est issu de cette époque ! Puis, à partir « Ocean Blues », j’ai ressenti le besoin de trouver un autre nom reflétant davantage la double origine du groupe, à la fois anglaise et française. À cette époque, je lisais tous les soirs à ma jeune fille la série « Max et Lilli », de Dominique de Saint Mars.
Le nom « Saint Mars » s’est imposé à moi, parce que les mots existent dans les deux langues et ont la même signification. « Saint Mars » nous projette également dans l’époque baroque, dont l’influence sur notre musique contribue à notre originalité selon la presse, et dans le futur, en référence à la planète Mars et à toute l’imagerie de science-fiction qui en découle.

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Cette double nature est la caractéristique du groupe, puisque nous puisons nos influences à la fois dans le passé et dans une forme d’anticipation. Pour moi, les deux sont liés car le temps n’est pas aussi linéaire qu’on le pense...Saint Mars est une entité inter-générationnelle et trans-temporelle !

2. Lors d’un concert de Massive Attack, tu as rencontré leur guitariste, Angelo Bruschini qui joue actuellement pour Saint Mars. Peux-tu nous parler de la direction artistique des titres et de ta collaboration avec Angelo mais aussi avec les autres musiciens avec lesquels tu collabores ?

Oui…tout est parti avec « Ocean Blues » qui a fait office de détonateur : pour la première fois, j’écrivais la musique qui me reflétait parfaitement, sans me censurer émotionnellement et sans me préoccuper de l’avis des autres. Je pense réellement que lorsque ta démarche est sincère, tu finis par rencontrer les bonnes personnes…et c’est justement à ce moment qu’Angelo est apparu, grâce à deux amis communs, Neil Davidge (ancien producteur de Massive Attack) et sa compagne. C’est Neil qui a suggéré que je fasse écouter ma musique à Angelo. Je l’ai contacté et il m’a simplement répondu « ta musique est intéressante, allez, envoie-moi les pistes et je vais essayer de faire quelque chose avec ». Tout simplement...le guitariste de Massive Attack...je n’arrivais pas à le croire ! Puis j’ai rencontré un gallois, Nathaniel Shelley (alias Jason X, ancien leader de Transposer), avec lequel ça a collé rapidement et qui écrit beaucoup pour le groupe...puis la parolière californienne Britt Warner (October’s Child), qui a co-écrit les paroles d’ « Ocean Blues », « Boys Never Cry » et « Somewhere Somebody »...

Notre premier album, Celesteville, sera un concept-album : l’histoire d’un jeune écolier victime de harcèlement scolaire.
À un certain moment, j’ai pensé que d’avoir un jeune chanteur, qui traversait l’album en incarnant cet écolier, donnerait plus d’authenticité à notre musique, et plus d’originalité aussi...Comme je ne trouvais personne là où je vivais, je me suis mis à chercher sur Youtube...et la première vidéo qui est apparue était celle d’un gamin de Columbus en Ohio, avec un nom bizarre, Tryzdin, qui chantait du Adèle...

Après avoir visionné deux de ses vidéos, j’ai rapidement su que ce serait lui, car tous les autres que j’écoutais me semblaient fades en comparaison ! J’ai fini par entrer en contact avec lui et sa mère et suis parti à Columbus l’enregistrer avec des moyens rudimentaires. Au début, nous devions faire un titre ensemble, mais je suis revenu avec 6 titres enregistrés, dont « Somewhere, Somebody », notre premier single avec lui, qui vient de sortir. Et nous n’avons pas arrêté depuis...nous en sommes à plus de 10 titres maintenant !

Tryzdin n’est pas un enfant ordinaire... À 13 ans, il a déjà sa propre identité et son propre univers. 

Cette rencontre a eu un impact considérable sur la direction artistique du groupe. Tryzdin va en effet interpréter plusieurs titres de l’album. Avoir un si jeune chanteur (il n’avait même pas 13 ans lorsque j’ai enregistré les premiers titres avec lui) est une démarche assez audacieuse....je n’ai pas le souvenir, à part quelques collaborations sporadiques (comme le « Another Brick in the Wall » de Pink Floyd), d’avoir vu une telle chose à si grande échelle dans un groupe de rock adulte. C’était risqué et il y aura certainement des gens pour dire « Attendez, mais qu’est-ce vous faites avec un enfant ? Des comptines ou des berceuses ? Avez-vous perdu l’esprit ? »...mais tant mieux si on dérange, Saint Mars n’est pas là pour faire dans le consensuel !

Je craignais aussi la réaction des autres membres du groupe, mais l’accueil réservé à Tryzdin a été très bon et son talent a été vite reconnu. Angelo, notamment, adore Tryzdin et est comme moi convaincu de son grand potentiel.

Et rien d’étonnant car honnêtement, Tryzdin n’est pas un enfant ordinaire...À 13 ans, il a déjà sa propre identité et son propre univers. La seule comparaison qui me vient à l’esprit est Björk, non pas parce qu’il sonne comme elle, mais parce qu’il est capable, comme elle, de délivrer ce genre d’émotion brute, sans filtre et sans retenue. Il est donc déjà arrivé là où beaucoup d’adultes n’arriveront jamais...

3. Le harcèlement et l’intimidation est un thème « brûlant » en ce moment. Que peux-tu dire à ce sujet ?


Saint Mars - Somewhere Somebody (feat. Tryzdin)

Tout est parti d’ « Ocean Blues » encore une fois...le thème de la chanson (un jeune écolier se faisant traiter de « grosse baleine » qui finit par se transformer en baleine) m’est venu spontanément. D’ailleurs, la chanson était initialement intitulée « Piggy the Whale ». Puis j’ai vu un reportage tragique sur un écolier de 13 ans victime de harcèlement scolaire en France, qui avait fini par se suicider. Cela a eu un impact considérable sur moi, et j’ai ressenti le besoin de faire un album entier sur ce thème.

Il faut dire que j’ai aussi été victime de harcèlement scolaire à différentes périodes de mon enfance. J’ai commencé de la pire manière qui soit, harcelé par ma propre maîtresse. Puis j’ai eu des périodes très dures, mêlées de phobie scolaire.

L’enfance est une période délicate...on est totalement dépendant des adultes : si quelque chose ne va pas à l’école, on ne peut pas juste démissionner comme le ferait un adulte...on ne peut guère échapper à son sort et il est souvent difficile d’en parler, tant la souffrance peut être intense. Et le problème est trouvent souvent minimisé par les adultes, qui pensent que ce ne sont en somme que des chicaneries de gamins. À tort. Pour les plus sensibles, cela peut même être fatal, comme dans le cas de ce jeune français !

Le plus incroyable est que lorsque j’ai choisi Tryzdin, je ne me doutais pas qu’il était également victime de harcèlement scolaire. À tel point que ses parents ont fini par le retirer de l’école publique aux États-Unis ! Je ne l’ai appris que plus tard, mais cela a donné encore plus de sens à notre démarche.
Puis, bizarrement, « Ocean Blues » est devenue sa chanson préférée. Il la chante magnifiquement, et nous allons la ressortir en single avec lui. Pour moi, c’est comme si le personnage que j’avais imaginé pour cette chanson se matérialisait en chair et en os. Ou comme s’il était déjà là, d’une certaine façon, lorsque j’ai écrit la chanson...Une sorte de compte de fée moderne à la « Pinocchio » ! Mais avec Saint Mars, la réalité est toujours un peu déformée...

4. Quels sont tes plans et tes souhaits futurs pour le groupe ? Est-ce qu’une tournée est également prévue ?

Nous en avons beaucoup ! Déjà finir notre album, Celesteville, qui devrait sortir à la fin de l’année. Puis nos futurs singles : d’abord la nouvelle version d’ « Ocean Blues » chantée par Tryzdin. Puis un nouveau single « The Pacific State » avec un autre invité de marque, Jethro « Alonestar » Sheeran, rapper de Bristol, avec un clip qui sera tourné dans les alpes suisses cet été.

La tournée devrait suivre à la fin de l’année. Mais j’aimerais beaucoup que celle-ci se fasse selon un concept particulier, proche d’une comédie musicale. Le thème et l’histoire derrière la conception de l’album s’y prêteraient très bien. Et nous avons avec Tryzdin un interprète rêvé, totalement crédible puisqu’il a aussi été victime de harcèlement scolaire, et qui est également un excellent acteur.
La démarche est peut sembler audacieuse, mais lorsque je vois ce que nous avons fait ces derniers six mois, rien n’est impossible !

Entretien avec Tryzdin Grubbs

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Tryzdin Grubbs
© 'Nick Fancher

1. Pourrais-tu nous parler de ta rencontre et de ta collaboration avec Saint Mars ?

Ma rencontre avec Saint Mars est vraiment un rêve devenu réalité. Parce que depuis longtemps, je voulais faire connaître le problème du harcèlement scolaire et partager mon histoire, et c’est ce qu’ils ont rendu possible.

2. Comment les choses ont évolués autour de toi depuis que tu as décidé de parler de ton expérience au travers de la musique ?

La chose qui a évolué depuis la sortie de « Somewhere Somebody » est le harcèlement scolaire : il a cessé ! Et je reçois également tous les jours des messages de gens qui se disent touchés par la chanson. 

3. Quels sont tes souhaits pour le futur ?

Mes souhaits pour l’avenir sont de créer une fondation là où le monde est si blessant. Et faire savoir que le harcèlement scolaire n’est pas une bonne chose. Je veux aussi continuer à travailler avec Saint Mars et continuer à sensibiliser les gens au harcèlement scolaire et à d’autres causes, telles la prévention du suicide et la sensibilisation à la problématique du syndrome de down (trisomie 21)

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