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Un soir au Parcs

mardi 23 juillet 2013 par Marc Chatelain CC by-nc

La sortie de son 4me album est l’occasion de voir Bertrand Belin en concert. « Parcs » est le nom du dernier disque, au nom sobre et à la sonorité à la fois simple et râpeuse.

Il aura fallu attendre cet opus pour que l’artiste soit diffusé à l’envi sur les grands médias généralistes, voire promu par certains. D’aucuns y trouveront là matière à suspicion, tandis que d’anciens admirateurs se sentiront dépossédés de leur trésor secret… L’éternel débat donc !

Mais qu’en est-il au juste ? Il est vrai que le Breton n’a pas trop fait causer de lui avant le précédent album, « Hypernuit », salué par toute la presse gentiment interlope et ses lecteurs, au moins potentiels. Auparavant, auront vu le jour deux albums que l’on prendra plaisir à (re)découvrir ou à appréhender pour la première fois aujourd’hui.

Le temps a passé entre ces albums. L’homme et sa voix se sont épaissis. Il a versé dans une présence beaucoup plus « mâle » que ne l’offrait l’apparence fluette du premier album. Mais dès celui-ci, une patte se distinguait : des mélodies apparemment simples, souvent très belles, et un ciselé, une fluidité de l’écriture vraiment convaincants.

Le sommet fut atteint avec « Hypernuit » où musique et textes livrent des ambiances singulières, parfois inquiétantes, mais toujours sensibles. Parcs ne déroge pas à cette règle mais va plus loin encore dans la différence que Belin creuse avec ses collègues.

Il décompose ses textes, littéralement, joue de la répétition avec insistance, bouleverse l’ordre des phrases. La musique est parfois elle aussi un peu chamboulée mais toujours structurée de manière précise, notamment grâce au jeu de guitare de Belin mais aussi (et surtout) celui de la batterie, tenue si délicatement par Tatiana Mladenovitch. L’harmonie se distille ainsi avec une évidence assez rare.

Belin est donc joueur. Il joue avec les mots, la musique. Mais là où certains se sont cassé les dents, proposant certes une musique et/ou des textes intellectuellement brillant(es) mais pauvre(s) en frisson, notre quarantenaire réussit à mêler audace linguistique et émotion, à la manière de certains de ses grands aînés dont on lui rebat les oreilles, comme Bashung ou Murat entre autres. Les comparaisons ont leurs limites mais pour le coup ne sont pas si erronées pour qui aurait besoin de situer le bonhomme.

La langue y est donc exigeante mais la musique coule simplement et l’écoute de ses disques un vrai plaisir pour qui veut bien tendre l’oreille. Des écrits aux allures parfois obscures ou évanescentes tandis que les mots sont là, bien présents et lourds de leur signification première. De ce matériau parfois rustre, Belin tire des sommets de légèreté. Un vrai bonheur !

Le concert est le lieu où appréhender plus encore l’ensemble. Le trio est en place, l’habit élégant mais sans fioriture et le rapport au public sympathique et pince sans rire ; plutôt joueur, donc. Le moment se révèle agréable et riche. On en sort éclairé et grandi, conscient d’avoir assisté à un moment au final assez peu commun dans le domaine de la chanson.

  • Bertrand Belin :
    le vendredi 26 juillet 2013 à 20h30 Parc de la Grange, Genève

    Chanson rock

    Une voie de traverse dans la scène musicale française, à l’écart des lieux communs, des routes tracées d’avance.

    Gratuit

    localiser

    adresse
    Genève (CH)

Portfolio

Bertrand Belin - Un Déluge (Clip Officiel)

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