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Confessions d’un bassiste

lundi 2 novembre 2015 par Jean-Pierre Biskup CC by-nc

Pascal Mulot est un musicien et bassiste qui a marqué le paysage musical français concernant la basse et la musique instrumentale, mais il ne se limite pas seulement à ça. De passage pour un concert à Lyon le 24 octobre avec le groupe Satan Jokers dirigé par le chanteur Renaud Hantson, Pascal Mulot s’est prêté au jeu de l’interview pour livrer quelques confidences sur son actualité, ses projets, sa carrière et sa vision de la musique.

Pascal Mulot est considéré par beaucoup de monde comme étant un bassiste et musicien qui sort de l’ordinaire : soit on aime, soit on déteste, l’entre-deux ne semble pas vraiment exister. Bassiste phare de la musique instrumentale rock, il a notamment joué avec Patrick Rondat, Steve Vai, T.M. Stevens, Blues Saraceno, Steve Lukather, Simon Phillips et bien d’autres encore... Parfois enfermé par les médias dans la case du bassiste ultra technique du rock fusion et metal, le musicien s’avère être bien plus ouvert que ça musicalement, et ça se ressent dans ses différentes collaborations, ses différents projets, et sa vision de la musique.

L’interview a lieu dans la loge où se trouve pas mal de monde... Musiciens, personnes de l’organisation, invités… Renaud Hantson annonce solennellement que Pascal Mulot est un escroc de la musique et un imposteur depuis plus de vingt ans et qu’il a joué tous ses solos de basse à sa place… Il se propose également pour corriger l’interview afin que la vérité éclate enfin…

C’est l’occasion de croiser aussi les musiciens de Satan Jokers dont fait partie Pascal Mulot : le chanteur Renaud Hantson, le guitariste Michaël Zurita, le batteur Aurélien Ouzoulias... A noter aussi la présence en tant qu’invité de Steeve Estatof, surprenant chanteur qui a fait résonner du Nirvana et du AC/DC certains soirs de grande écoute sur une chaîne de télévision grand public…

C’est parti ! Question générale, classique pour commencer : qu’est-ce que tu peux nous dire de ton actualité musicale ? Tes groupes, collaborations, projets actuels ?

Renaud Hantson : Stop ! Ça déjà… Non, non je déconne !

Tu peux parler de tous tes groupes, sauf de Satan Jokers alors !

Pascal Mulot : Je suis en train de travailler beaucoup sur les albums de Renaud Hantson, j’écoute toutes les parties de basse, des machins…

Tu vas lui laisser jouer un peu de basse quand même ?

Pascal Mulot : Je voudrais faire un album de reprises de solo de basse des mélodies de Renaud Hantson… C’est à paraître en 2017 normalement, ça c’est un projet phare… Et puis sinon laisser quelques traces sincères avant de baisser le rideau… Laisser d’autres traces sincères…

Et ces traces ? Tu peux en parler un petit peu ?

Pascal Mulot : Des vidéos, on fait des vidéos aujourd’hui… Renaud et surtout sa femme Floriane va m’aider pour le casting des vidéos… Maintenant c’est Internet, ce n’est plus les albums… Je ne sais pas si Steeve est d’accord… Donc faire des vidéos où Floriane apparaîtra… On a beaucoup d’idées…

Renaud Hantson : De positions ?! Bon, tu ne vas pas faire toute l’interview comme ça ! Bon allez, c’est quoi tes vrais projets ?

Pascal Mulot : Je serai présent sur le Net, car le Net…

Renaud Hantson : C’est vrai, tu peux valider !

Pascal Mulot : Je serai présent sur le Net avec la femme de Renaud Hantson…

Renaud Hantson : Avec ma femme car ça vendra plus !

Contrairement à ce que peuvent penser pas mal de personnes qui ne te connaissent que superficiellement, tu t’intéresses à beaucoup de types de musiques, tu n’es pas enfermé dans le rock et la technique… Qu’est-ce que tu écoutes aujourd’hui comme artistes, groupes, et styles musicaux ?

Pascal Mulot : Sting par exemple… De la musique africaine, je peux citer notamment Salif Keita… Du funk, Prince… Plein de trucs… Aussi du hard rock, pas du bourrin, mais du hard rock avec des mélodies genre Whitesnake, Renaud Hantson, Satan Jokers… S.A.T.A.N. J.O.K.E.R.S.

Renaud Hantson : Ça c’est vrai !

Pascal Mulot : Ça c’est vrai ! Et plein de choses différentes… Du jazz aussi, Oscar Peterson…

Et ce que tu écoutes t’influence musicalement ?

Pascal Mulot : Oui… Enfin non… Ça dépend…

Renaud Hantson : Est-ce que je pourrai corriger ton interview ?

Renaud Hantson quitte la loge, justement pour une interview ailleurs…

Pascal Mulot : Bon il quitte la pièce, ça va devenir un peu plus sérieux…

Au niveau de la basse, quels sont les noms que tu aimerais bien citer aujourd’hui ?

Pascal Mulot : Il y en a plein… Doug Wimbish… T.M. Stevens… Je n’écoute pas tant de bassistes que ça, j’écoute surtout des musiciens… J’écoute la musique avant la basse, avant tout… Je peux citer Stanley Clarke, Marcus Miller, ils sont extraordinaires… J’écoute des musiciens qui ont une personnalité sur leurs instruments… Ce sont des gens qu’on peut reconnaître dès la première minute, il n’y en a pas tant que ça…

J’écoute des musiciens qui ont une personnalité sur leurs instruments… Ce sont des gens qu’on peut reconnaître dès la première minute, il n’y en a pas tant que ça…

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C’est le top ça en effet… Peux-tu nous rappeler tes influences musicales et dire si ça a évolué aujourd’hui ?

Pascal Mulot : De la musique classique, mon arrière-grand-oncle c’est Eugène Ysaÿe, un violoniste classique… Mon papa est musicien de jazz, donc je baigne là-dedans aussi… Le disque que j’ai le plus écouté, c’est un disque d’Oscar Peterson avec Ray Brown à la contrebasse… Après j’ai fait du hard rock pour faire chier mes parents, normal… J’écoutais pas mal de hard, de variété internationale genre Elton John, plein de trucs différents, Sting, du funk… J’ai participé au premier groupe de hard funk en France, mais il est passé inaperçu, n’a pas été médiatisé… J’écoute tous les styles de musiques ou presque… Sur Youtube dans mes favoris il doit y avoir environ 400 vidéos et ça peut aller d’Incubus à Michel Legrand en passant par plein d’autres choses encore…

Qu’est-ce que tu penses du monde de la musique, du milieu musical actuel ?

Pascal Mulot : Le milieu actuel de la musique est en crise. Il y a de moins en moins de boulot pour les musiciens, le disque est mort… La dématérialisation par le Net a apporté des bonnes choses mais aussi des choses difficiles à vivre pour les musiciens… Les fabricants d’instruments sont en crise également… C’est un milieu, un monde en crise.

Est-ce que tu as des idées, pistes pour de nouvelles solutions ?

Pascal Mulot : Non. C’est une révolution numérique. Si j’avais des solutions, je serais millionnaire. Mais en tant qu’artiste, il faut essayer de s’adapter, tu t’adaptes. C’est ce que je te disais au départ, les disques n’existent plus, donc tu fais des vidéos. Mais c’est bien quand même, car avant j’avais des disques qui sont restés sur la table du producteur qui devait signer des deals pour l’Europe, pour le monde… Mais il n’a jamais rien signé. On était bloqué si on avait un producteur un peu fantasque, pas de deal à l’étranger. Maintenant, le bon côté avec Internet c’est que tu peux toucher des gens partout dans le monde, ça c’est clairement super.

Au niveau des instruments et du matériel musical, qu’utilises-tu aujourd’hui ?

Pascal Mulot : J’ai été fidèle pendant 20 ans à Mark Gooday qui a été patron de Trace Elliot et qui m’a emmené partout dans le monde. Il a fait Ashdown après, donc je l’ai suivi. Quand mon pote Woody Wahlen qui était chez Warwick est allé chez Status, je l’ai suivi… C’est surtout des histoires humaines… Ces histoires d’endorsements, si tu n’as pas un bon contact avec quelqu’un qui croit en toi ça sert à rien. Parce que les gens peuvent bouger et on ne mise pas forcément sur toi… Là on va voir… J’ai de nouveaux contacts, on va voir ce que ça donne…

Tu utilises des basses Vigier…

Pascal Mulot : Patrice Vigier, quelqu’un de très sérieux. Peut-être une des seules personnes morales que je connaisse dans ce business des instruments de musique, business que je connais depuis plus de 20 ans. Il a des principes moraux, c’est vraiment une personne morale, c’est assez étonnant. C’est super d’être avec quelqu’un comme lui car il ne va pas te faire de sale plan, il a une vraie éthique de conduite, une vraie éthique de fabrication de ses instruments. Si je pouvais rester toute ma vie artiste Vigier, je le ferais.

Concernant amplis et effets, c’est en cours ? Ça va peut-être bouger un peu ?

Pascal Mulot : Oui… J’aime bien avoir des relations solides sur du moyen ou long terme. Par superstition je ne dis rien, il y a des choses possibles, on va voir comment ça se passe… En fait je suis chez EBS, mais il faut que je vois si cette relation va être solide ou pas sur le long terme, c’est ça qui m’intéresse… Changer sans arrêt de sponsors ça ne me dit rien…

Les musiciens qui changent sans arrêt d’endorsements peuvent perdre en crédibilité d’ailleurs…

Pascal Mulot : C’est ce que je croyais au départ… Mais en fait, ils peuvent avoir raison, je ne juge pas… Au départ, je me disais que toute ma vie je serais fidèle à telle ou telle marque, mais ce n’est pas toujours possible… Tout est basé sur les relations humaines.

Quelle est ta définition de la musique ?

Pascal Mulot : Tout sauf Renaud Hantson ! Marque-le !

Ça lui fera plaisir !

Pascal Mulot : La musique, c’est un art subjectif qui est fait pour être partagé, et qui doit à mon avis être généreux… Mais je n’ai pas de définition particulière.

La musique, c’est un art subjectif qui est fait pour être partagé, et qui doit à mon avis être généreux… Mais je n’ai pas de définition particulière.

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Je vais faire exprès de te poser une question qui va peut-être t’énerver, notamment si on tient compte des réactions sur les fameux réseaux sociaux concernant certaines choses : que penses-tu du soi-disant débat entre la technique et le feeling ?

Pascal Mulot : Ça c’est stupide ! Mais les lieux communs stupides ne m’énervent pas du tout, rien ne m’énerve. Je considère que j’ai vraiment du bol d’exister artistiquement. A partir du moment où tu existes artistiquement, c’est tout à fait normal d’accepter les critiques, critiques qui sont parfois justifiées ou pas. Ça fait partie du boulot d’artiste, tu reçois des bonnes choses, tu reçois des mauvaises choses. Ce n’est pas du tout un problème. Ça ne m’a pas énervé à propos de moi, mais ça m’a énervé par rapport à un copain. Des fois tu t’énerves plus parce que ça touche un copain. Ça ne m’a pas vraiment énervé, mais je me suis pris au jeu, j’ai eu quelque chose comme 400 comments… Je me suis pris au jeu d’alimenter ce débat où j’étais vraiment pointu… Un des seuls sujets où je suis à peu près pointu… Ça m’intéressait de pouvoir gérer un débat avec des arguments et de voir que je tenais à peu près la route, c’est pour ça que j’ai continué à faire le buzz là-dessus…

J’aime plein de choses différentes, alors les étiquettes même si je peux les accepter, je les trouve un peu bateau, un peu stupides… Il y a des musiciens qui n’ont pas de technique mais jouent de la mort et ça fait de la musique… Des musiciens avec beaucoup de technique mais qui ne font pas de musique… Des musiciens qui n’ont pas de technique et qui ne font pas de musique, ça il y en a beaucoup… Des musiciens techniques qui font de la musique… Il y a de tout… Étiqueter les gens en fonction de ce critère-là, ça ne va pas très loin… Mais les musiques actuelles bougent, apprendre un instrument il y a 20 ans ce n’était pas comme aujourd’hui… Tout ça évolue, c’est normal… Le débat évolue, ça fait partie du débat, je pense que les mentalités changent un petit peu… Mais c’est un faux débat !

Qu’aimerais-tu faire dans le futur si tu avais la possibilité de tout faire, même les trucs les plus fous ? De nouvelles idées ou pistes musicales ?

Pascal Mulot : Un groupe où Renaud Hantson serait à 2 mètres du sol sur un filet de pêche, peint en bleu, et on lui jetterait du yaourt sur la gueule tout le concert ! Et à part ça… Tu sais, j’ai 51 balais, je suis plus près de la porte de sortie qu’autre chose… Juste laisser des traces honnêtes et pointues… Être un bon père de famille aussi… Pas beaucoup plus… Là je travaille sur la vidéo d’un morceau que j’aime bien. Si j’arrive à faire une bonne vidéo d’un bon morceau, ça sera déjà pas mal.

Quelle serait la basse de tes rêves ?

Pascal Mulot : Un modèle signature Vigier.

Avec quoi comme spécificités, options…

Pascal Mulot : Avec une ergonomie différente, un poids différent, parce que quand on joue beaucoup on supporte beaucoup de tensions musculaires inutiles. Un manche un poil plus fin, un poil plus rapproché. Touche en ébène. 26 cases, accès jusqu’au La aigu. Quelques autres idées éventuellement… Mais surtout l’ergonomie, la prise en main, c’est très important, afin d’évacuer les tensions qu’on peut éviter. Ça serait possible de le faire car j’ai tellement joué que la moindre contrariété à ce niveau-là je la ressens beaucoup plus, car mon corps est marqué. Et puis un modèle signature c’est bien pour frimer, me la péter aussi ! C’est sympa d’avoir un modèle signature qui te correspond vraiment, qui ne serait pas trop mal, ça serait une bonne idée… J’en ai déjà parlé à Patrice Vigier…

Une petite piqûre de rappel donc pour Patrice Vigier… Pour finir, je te laisse carte blanche, si tu veux évoquer un sujet, ou quelque chose qui te tient à cœur…

Pascal Mulot : Je pense que la femme de Renaud Hantson ne serait pas contre…

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