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Interview

Dépression autømnale

mercredi 25 janvier 2012 par Olivier Dutertre CC by-nc

Porté avec intégrité depuis plusieurs années par un musicien haut-savoyard, le projet Zéro Absolu reste méconnu du large public, mais trace son chemin sur les circuits indépendants.
La sortie d’un troisième album plus direct, entre post-rock mélancolique et éclats rageurs précède une tournée en europe de l’Est . Rencontre.

Rictus Info : Peux-tu présenter le projet Zéro Absolu ?

Je m’appelle Nak, je suis à l’origine du projet Zéro Absolu. C’est un one-man-band dans le sens où je suis seul sur scène, mais pas dans le style guitare - grosse-caisse-dans-le-dos, plutôt des boucles et programmations rythmiques comme en musique électronique. Je pose mes interventions instrumentales sur ces boucles pour construire les morceaux.

Je chante et je joue de la guitare, de la basse, des claviers, et accessoirement du drumpad.

Ri : Tu as toujours fonctionné avec cette configuration ou c’est venu avec le besoin de jouer sur scène ?

Au début du projet je lançais des boucles et jouait de la batterie (empruntée à des potes) dessus, mais ça n’était pas probant.
J’ai opté pour des logiciels de programmation pour créer des rythmiques et les déclencher par pédale. Les autres instruments se sont ajoutés au fil du temps.

Ri : L’idée était d’emblée d’être seul, ou c’était plutôt un choix d’ordre pratique ?

Au début, en 2006, ça aurait pu être un groupe. Je jouait à l’époque dans un groupe principal et quelques projets annexes, mais ça s’est avéré très difficile de trouver des gens avec qui ça colle humainement, musicalement et au niveau de la motivation de faire du live et de grosses tournées. Il y avait toujours un truc qui manquait. Du coup, je me suit dit « quitte à avoir un projet un peu personnel, autant le faire tout seul », ça m’évitera de l’imposer tel un dictateur à des musiciens-esclaves.

Ri : Avant ?

J’ai joué dans des groupes indie, rock, punk-rock un peu hardcore métal… sur Annecy. J’ai toujours éprouvé le besoin d’être dans des projets différents.
D’ailleurs, maintenant que Zéro Absolu tourne depuis quelques années, j’ai intégré un groupe de punck-rock sur Lyon et chante avec le groupe Nerv de Chambéry ; ce sont des groupes bien différents de Zéro Absolu et c’est sain. Ça me fait du bien de jouer dans un groupe où je ne suis pas la tête pensante, même si je reste libre d’amener des idées.

Ri : Après ?

Déménager sur Lyon, c’est mon projet pour 2012.

De toute façon à Annecy, il ne m’arrivera rien, en tout cas musicalement.

Ri : Tu pars sans doute pour raison perso, mais pense-tu aussi que ce soit mieux pour développer ton projet ?

Je me dis que de toute façon à Annecy, il m’arrivera rien, en tout cas musicalement.
Faire des bœufs localement, ne va pas m’aider à me faire connaître. J’aurais peut-être plus facilement à Lyon des connexions avec d’autres groupes, des musiciens avec qui se filer des coups de main.
Ça pourrait aussi être un peu plus simple pour trouver des gens avec qui partir en tournée. Il y a énormément plus de groupes à Lyon, des communautés (aussi dans le mauvais sens du terme) dont pas mal de gens cools et ouverts, qui font de la bonne zique, donc il y a peut-être des plateaux, des tournées à partager.

Ri : Tu ne trouvais pas cela sur Annecy ?

Annecy, c’est juste l’horreur, ya plus beaucoup de groupes, plus de dynamique : de nombreux groupes sont composés d’annéciens, mais ne sont plus sur Annecy. Dans ceux qui sont restés sur Annecy j’en vois pas beaucoup qui ressortent…

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© Laurianne Conesa

Beaucoup de groupes butent sur le passage à un métier, une famille ; ça devient plus compliqué de tourner, c’est un fait. J’ai encore envie de développer Zéro Absolu, de partir…

Ri : Le voyage fait partie de ce que tu recherches dans la musique

Exactement, j’ai participé à une tournée en Allemagne en octobre en commun entre un groupe de Caen. Pas une question de se faire de l’argent, mais d’être sur la route, partager des scènes, rencontrer des groupes.
Il y a d’ailleurs tout un ensemble de groupes français que je croise souvant en tournée. Par contre, on se croise rarement en France (à la limite sur un beau plateau sur Paris).
Les groupes indé français ne tournent quasiment plus en France, sauf quelques villes proche de frontières comme Lille, Lyon, Toulouse.Tourner en Allemagne, Pologne,Tchéquie, Croatie est moins cher et plus plaisant pour les groupes.
Un groupe comme Célest (Lyon) par exemple est peu connu en France, mais rencontre un beau succès dans les festivals en Europe.

Ri : Quelle en est la raison ? C’est la structure, le public qui est différent ?

Dès que tu passes les frontières, tu as pas mal de lieux dédiés à la musique ET à la fête. En Allemagne les squats légaux dans lesquels les gens viennent avant tout pour la fête.
En France, le spectacle vivant, soutenu par L’état, subventionné, dans des salles de spectacles. Les gens consomment du concert comme du cinéma, du théâtre, comme une sortie culturelle, pas comme une sortie pour rencontrer des gens. Moralité, les gens vont dans les bars.
La formule des concerts conviviaux dans des bars se perd face aux problèmes de voisinages, aux cachets.

Ri : Le numérique ? une chance ou un danger ?

Sans internet, je serait incapable de booker ma tournée ; Comment faisait les groupe dans le passé ? Je me le demande.
Internet permet de tourner comme jamais cela n’avait été possible auparavant ; j’ai ainsi pu garder des contacts de ma précédente tournée et organiser plus facilement la prochaine.

Les groupes indépendants cherchent avant tout à diffuser leur musique, jouer, diffuser librement. J’ai d’ailleurs mis mon album en téléchargement libre dès sa sortie, les gens donnent ce qu’ils veulent.

La mort prochaine du CD est une très bonne chose pour les labels indépendants.

Les majors, au lieu de lutter contre cela aurait du se l’approprier (adapter l’offre à la demande).
Les prix vert à 17€ c’est du foutage de gueule, quand l’artiste touche 1€.

La mort prochaine du CD est une très bonne chose pour les labels indépendants, car du coup le CD ne sera plus cet objet contrôlé par les majors.
Le CD redeviendra un objet de collection pour les labels indépendants, et les gens achèteront comme le vinyle, en fonction de la rareté. L’objet reprendra de la valeur si il redevient un objet de collection, trouvable sur des sites en import ou dans les seuls concerts du groupe.

Ri : Côté financement ?

En tournée, on est payé au lance-pierre, c’est très aléatoire, du coup il faut aussi s’occuper de la promotion, préparer et envoyer des flyers, c’est couteux et prend beaucoup de temps.

Par contre, je vends quelques CD lors des live. La vente de tout mes CD du nouvel album me permettrait de couvrir le prix de production, pas plus.
Par contre, le merchandising, c’est un vrai plus.
Les visuels sont fait par Romain, lui-même musicien et qui fait les visuels graphisme sous le nom d’I am Sailor depuis l’album précédent.
Une sortie Vinyle est aussi prévue chez Humanist Records.

J’ai utilisé la plateforme internet de financement communautaire Ulule.
Ça s’est bien passé, l’objectif à été rempli et le site est très pro, les projets bien sélectionnés. C’était une bonne expérience.
Les 80 personnes qui ont pré-financé l’album m’ont permis d’aller chercher moins d’argent pour le réaliser.

Ri : Les tournées ?

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- Concert à Lublin - tektura en pologne
© Arvīds Brazevičs

En Europe, La première tournée à bien marché. J’ai senti du soutien.
L’accueil était génial à certains endroits, comme rarement en France…

La tournée c’est aussi plus une façon incomparable de voyager. C’est possible de rencontrer énormément de monde et j’en profite pour visiter également les villes quand c’est possible. Vraiment intéressant.

Ri : Et l’Islande ?

Pour mes trente ans, mes potes m’ont offert un billet d’avion pour l’Islande dans l’idée que je fasse des concerts là-bas. J’ai une copine sur place qui m’a aidé à booker.

l’Islande, c’est incomparable même avec la Scandinavie ; Là-bas, tout le monde est artiste, musicien, peintre etc…
Les Islandais ont une vrai identité, bien distincte.
La musique n’y est pas mal vue, ça fait juste partie de la vie de la ville. Personne n’y trouve à redire.

Le reste du pays est tout simplement impressionnant. On comprend l’existence des Dieux liés aux éléments dans leur mythologies. L’éloignement, le climat, la quasi absence d’arbre, les durées extrêmes de jour ou de nuit. J’y retournerai, c’est sûr.

 

  • Zéro Absolu à Lyon :
    le vendredi 27 janvier 2012 de 20h30 à 23h30 le Trokson

    Concert avec Heartbeat parade (Lux)

Portfolio

Nantes - Le ferrailleur
Zero absolu - The hill
From the Album Autømn (2012)
(Recorded by Zero absolu - Mastered By Magnus Lindberg (Cult of luna)
Vidéo by Nicolas Meynet :
dondinak
Zéro absolu - Rêve inachevé (live)

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Les commentaires de cet article

  • Le 26 janvier 2012 à 22:14, par Franz Narbah En réponse à : Dépression autømnale

    Permets moi de saluer la première interview publiée sur Rictus, cher camarade.
    Je ne connaissais pas ce garçon ni sa musique. Très intéressant.
    Un conseil à tes lecteurs : si vous êtes comme moi et que vous ne connaissez pas, écoutez la musique d’abord et lisez l’interview ensuite.
    Une petite remarque de lisibilité : les texte gagnerait certainement en lisibilité en ajoutant une ligne de blanc entre les questions et les réponses. mais c’est un détail.
    Bravo. Je veux tout savoir, malgré mon grand âge, sur les nouvelles générations.