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Deux frères, une Fiat 500 et l’Italie

mercredi 5 mars 2014 par Thierry Saint-Solieux CC by-nc

De nos jours, la Fiat 500 est un coûteux jouet à la mode, à l’instar de la Mini ou la DS new-look. Dans les années 60, comme la Mini - mais pas la DS, voiture des bourgeois ! - c’est le véhicule des prolétaires.

Fabio et Giovanni, deux frères qui ne roulent pas précisément sur l’or, en utilisent une pour faire le voyage de France en Italie. C’est ce périple qui est au cœur de Come prima, le nouvel album d’Alfred. Un auteur talentueux, éclectique, se distinguant dans des genres aussi divers que la fable politique (Le désespoir du singe), la chronique sociale (Je mourrai pas gibier) ou même l’érotisme (un des courts récits de l’excellent Premières fois) !


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Et bien sûr, le très réussi Pourquoi j’ai tué Pierre, récit émouvant et pudique d’un traumatisme de l’enfance. Nous faisons la connaissance de deux frères, au caractère bien différent : Fabio est provocateur, agressif, il semble en colère contre le monde entier, alors que Giovanni paraît plus calme et introverti. Fabio vit en France depuis plusieurs années, c’est un boxeur qui vient de connaître une énième défaite lorsque Giovanni vient le trouver à la sortie du ring avec dans ses mains, l’urne contenant les cendres de leur père. Il lui propose de la ramener en Italie, au sein de leur famille.

Pour Fabio, cela revient en quelque sorte à se renier... Il se revoit dans les années 30, s’engageant dans l’armée fasciste afin de participer à la campagne d’Afrique et rompant avec ses proches qui choisissent de rester au pays, ce qui est selon lui une forme de faiblesse, sinon de lâcheté : lui veut vivre intensément, fuir la routine d’un destin tout tracé. Mais Fabio doit de l’argent au frère de sa compagne, un garagiste vindicatif, et décide pour échapper à sa vengeance de monter dans la Fiat 500 de Giovanni.

Le voyage commence mal, fait de longs silences ponctués de remarques blessantes. Giovanni s’interroge sur les relations louches de son frère, sur ses méfaits. Fabio rejette violemment tout jugement moral et se dit uniquement intéressé par l’héritage.

Chacun a ses secrets, évoqués sans être révélés pour autant. Le dialogue est chaotique, évoluant au gré des rencontres qu’il font en chemin : un auto-stoppeur du genre collant, un chien perdu ou bien un curé, tous ces personnages renvoyant les deux frères à leur vécu douloureux. Le curé, surtout, dialoguant avec Fabio, en qui il croit reconnaître un alter ego. Tout gamin, l’homme d’Église tue au nom de la résistance, et comprend par ce geste d’une violence extrême qu’il choisit le bon camp.


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C’est une sorte de révélation pour lui de ce qui est juste, de ce que doit être sa vie. Mais Fabio lui confie qu’au même âge, il rejoint les "chemises noires" ! Pour se sentir exister... Des surprises attendent le lecteur tout au long de ce gros livre - plus de 200 pages - mais sans que les rebondissements paraissent gratuits et artificiels.

Il y a de l’humour parfois, jamais de sentimentalisme, et toujours beaucoup de tension. Surtout, le dessin est extrêmement vivant, et souvent d’une force évocatrice remarquable !!! Un exemple parmi d’autres d’une séquence particulièrement réussie : après l’accident de leur voiture, et sous l’effet du choc éprouvé, les deux frères sont prostrés dans la nuit, dans une ambiance fantomatique. La parole se libère et leur relation bascule complètement...

Quant aux souvenirs du passé, ils sont évoqués sous forme de flash-back au fil de pages magnifiques, en aplats de couleurs. C’est proprement magique !

<cite|livre|titre=Come Prima |auteurs=Alfred (Scénario,Dessin,Couleurs) Maxime Derouen (Couleurs) |editeur=Delcourt |annee=2013 |collection=Mirages |pages=224 |isbn=9782756031521 >

Billet initialement publié sur Actualitté

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