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Les naufrages invisibles ou le papillon plus fort que le tigre

lundi 14 janvier 2013 par Lucien Mermet-Bouvier CC by-nc

Grâce aux expositions d’art contemporain qu’elle organise au Château d’Alex ou à l’Abbaye d’Annecy-le-Vieux et aux actions de médiation avec les publics, la Fondation Salomon nous régale depuis plusieurs années. Cette nouvelle installation ne fait pas exception.

Lors de l’inauguration, nous avons apprécié la présentation par Myriam Mechita de son œuvre. Chez cette artiste, on sent la connaissance de l’Art : elle est agrégée en arts plastiques et enseigne aux beaux-arts de Caen.

Femme-artiste dont on sent l’extrême sensibilité, elle s’emploie à transformer la violence du monde en œuvres d’art et les tragédies de la vie en or (dixit la brochure de présentation).

Sa quête est la fusion du corps et de l’esprit nous explique-t-elle, celle de l’horreur-beauté, de la vie, de la mort. Avec une exacerbation très adolescente pourrait-on dire.

Les grands dessins présentés sont à la source de sa démarche, nous dit l’artiste, même s’ils sont réalisés à la perceuse : elle rejoint le monde de son enfance, lorsqu’elle détourait les images de journaux avec une épingle.

Les références à l’art sont nombreuses : ses dessins se nourrissent à toutes sortes de sources iconographiques ; ils associent librement histoire de l’art, documents glanés sur internet, références cinématographiques ou photographies personnelles.

Une caverne d’Ali-Baba constitue l’intérieur de sa tête peuplée d’animaux étranges évoluant dans un monde mystico-intime. Et c’est bien là le premier problème : on entre ou pas dans cet univers d’art-thérapie : au Musée de l’Art Brut à Lausanne, dans les nombreuses expositions organisées à la Halle Saint-Pierre à Paris comme « les bandits de l’art », ou récemment à la Fondation Cartier (« Histoires de voir »), nous pouvons rentrer dans ces univers non intellos beaucoup plus facilement car ils ne trainent pas des wagons de références culturelles. Les os font plus vrai !

Ici, pas une paillette d’humour ; on parle sérieusement de choses graves : on veut entrer dans la légende du beaumaischiant.

L’artiste se définit comme une louve avide de brillant et d’argent, qui a envie de mener la grande vie artistique contemporaine. Le deuxième problème, c’est que ce travail aurait pu être novateur dans les années 50-60 ; mais aujourd’hui, le surréalisme est entré dans l’histoire et ceux qui en sont les descendants ont du mal à renouveler le genre « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

Rappelons que Lautréamont a publié ses « chants de Maldoror » en 1870 à compte d’auteur et que c’est Alfred Jarry qui a commencé à le rendre populaire en décelant dans son œuvre un « univers pataphysique » . Les surréalistes y ont vu une révolte d’adolescent : « mal d’horreur ».

C’est un problème un peu général pour l’art contemporain : est-t-il en train de toucher le fond ou rafle-t-il le pactole des graines semées par les ancêtres ?

A force de voir recycler les mêmes ingrédients, les mêmes idées (machins qui dégoulinent par exemple), où seuls les emballages changent, ici les strass, paillettes et billes de verre, les têtes de mort et os divers appelés vanités deviennent ennuyeux.

Dans ce travail pourtant excellemment fait et présenté, on a l’impression qu’il ne manque que la peinture en or sur les têtes de mort –le placage en diamants ayant déjà été vu- pour qu’il entre chez les grands collectionneurs comme messieurs Pinault ou Arnault et qu’il soit exposé dans le Château de Versailles…

Si l’artiste poursuit ce chemin, on peut prédire qu’elle y arrivera, d’autant qu’elle est soutenue par une Galerie estampillée « Art-Press », gage de sérieux.

Lucien Mermet-Bouvier

  • Myriam Mechita :
    du lundi 7 janvier 2013 au dimanche 14 avril 2013 L’Abbaye, Annecy le Vieux

    Commissariat, conception et scénographie de l’exposition :
    Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, en collaboration avec l’artiste.
    ENTREE GRATUITE

    Tel 04 50 63 43 75

    localiser

    adresse

    15 chemin de l’Abbaye - 74940-Annecy-le-Vieux

    complément

    Téléphone : 04 50 23 61 08

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