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Attention les feuilles !

Lior Shoov sur le fil

mercredi 12 novembre 2014 par Dominique Cronier, Sophie Feissel CC by-nc

La jeune artiste israélienne était au Quai des Arts il y a quelques semaines, en première partie du grand Richard Desjardins. Pour l’une de ses premières performances dans une grande salle, Lior Shoov nous a conquis et entraînés avec elle dans la magie de son monde musical.

Quelques heures avant le spectacle, nous avons eu la chance d’échanger avec elle sur son parcours, ses projets, sa vision du monde ...

Quand nous arrivons, elle est pieds nus sur scène en train de mettre en place tous ses drôles d’instruments. Elle enfile ses chaussures et nous suit dans une des salles du Quai des Arts. Elle choisit un canapé dans un petit coin, plutôt qu’une des chaises autour de la grande table, s’installe en tailleur et nous sourit avec ses grands yeux, prête à répondre à nos questions.

Sur son site, il est écrit que Lior Shoov est autodidacte. Une première interrogation sur « Comment on en arrive à jouer au Quai des arts en première partie d’un chanteur canadien ? » et Lior nous emmène avec elle sur les chemins d’Israël, d’Espagne, de France et de Belgique.

« Aujourd’hui, j’ai 28 ans. J’ai commencé à jouer vers 19 ans. En Israël, à cet âge-là, les jeunes doivent faire leur service militaire, sauf celui qui décide de ne pas le faire. C’est possible mais ce n’est pas évident socialement, car il faut défendre l’idée d’être différent des autres. Il faut savoir ce que tu veux. Moi, j’avais la chance de savoir que je ne voulais pas du tout faire ce service. Ma famille m’a aidé et à 19 ans, contrairement à la plupart des jeunes de mon âge, j’étais libre de décider ce que je voulais faire. J’avais une grande envie, un besoin, une attirance pour la liberté : qu’est-ce que c’est qu’être libre et comment je peux goûter à ça ? J’ai commencé à voyager en Israël, à jouer dans la rue et à prendre des cours d’improvisation et d’expression, avec un professeur génial. Ça a été une super rencontre, surtout à cet âge où j’avais beaucoup de questionnements : comment je peux me découvrir, découvrir le monde, qu’est-ce qui peut sortir de moi ? C’est comme ça que le clown est venu sur le chemin. J’aimais jouer dans la rue, mais surtout pour moi, l’important c’étaient les voyages et les rencontres avec des gens que je ne connaissais pas. Parce qu’en Israël tu dis service militaire, alors ce mot service m’a questionné : qu’est-ce que c’est servir, je sers qui ? J’ai cherché à rencontrer tout type de personnes, des camionneurs, des fermiers, des gens hors-système, mais aussi dans la ville, des mamies, des enfants, ceux qui passaient ou étaient assis à côté de moi sur un banc. Encore plus que jouer, mon but était que quelqu’un s’arrête et m’invite à aller chez lui. Plus que faire argent, ce qui m’intéressait était de savoir où j’allais terminer ma journée : je commence sur le banc et qui va m’inviter à manger ? »


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Lior Shoov au Quai des Arts, Rumilly
© Yannick Perrin

Après quelque temps, tu es parti en te disant que tu avais aussi envie d’aller faire des rencontres ailleurs ?

« Après un an comme ça, je suis partie à Barcelone pour un festival de rues très célèbre là-bas, un peu comme le festival d’Aurillac en France, dont un vieux clown m’a parlé en Israël. La question du clown m’intéressait et m’interrogeait beaucoup à ce moment-là. Je pensais y aller juste pour deux semaines, pour voir comment c’était en Europe un festival de rues. Je suis partie avec le hang, un gros instrument rond, et finalement j’y suis restée un an ! Ça commençait sans que je le sache, ce chemin de jouer et pouvoir en vivre ... Je suis arrivée à 3h du matin à Barcelone, sur Las Ramblas. Il y avait beaucoup de monde et j’ai commencé à jouer, et j’ai fait assez d’argent pour pouvoir dormir une nuit et manger le lendemain ! En Israël, je jouais une fois par semaine quand il y avait le marché ... A Barcelone, c’était facile avec tous ces gens de passage. C’est comme ça que tout a vraiment commencé. »

Alors, tu as décidé de rester ?

« Le festival était incroyable, j’ai vu plein de spectacles très jolis, de choses très différentes qui m’ont donnés envie de rester en Europe et de chercher des formations de clowns. J’ai vu, en particulier, un clown catalan qui m’a beaucoup inspirée. Il jouait sans parole et faisait vivre la rue. Ses numéros étaient très poétiques et vivants. Tellement généreux qu’à la fin les gens avaient envie de s’embrasser. Je faisais des stages et tout-de-suite je mettais en pratique dans la rue. Au début, je ne chantais pas, je jouais juste. Je n’ai ouvert la bouche qu’au bout d’un an en gromelot [1], car je ne parlais pas espagnol. J’imitais des sons qui m’inspiraient, comme des chansons de Louis Amstrong, de Björk, des chants africains. Et surtout, je regardais dans les yeux des gens pour voir comment on était présent, moi et eux, en même temps à cet endroit-là, comment on prenait le temps d’être touchés ensemble. J’avais envie de créer une sensation de communion alors que dans la ville tout le monde est pressé ... »

Et comment passe-t-on de la rue à une salle de spectacle ?

« C’était il y a quelques années, j’ai continué à faire des stages, à jouer dans la rue dans plusieurs pays, la Suisse, la Belgique, je suis retournée en Israël. Puis, je suis arrivée à Paris il y a presque 4 ans. Là, la rue ne m’a pas du tout inspirée, contrairement à Barcelone, Toulouse ou Bruxelles. À Paris, c’était autre chose, il fallait se battre pour trouver sa place et je n’avais pas envie de me battre. Du coup, sur les conseils d’une amie, j’ai commencé à jouer dans des bars. Assez rapidement, quelqu’un des Trois Baudets m’a repérée et et aidée pour jouer dans des salles. À peine un mois ou deux après, j’ai rencontré la boite de production qui s’occupe de moi à présent et m’aide à faire mes voyages, plus que des tournées. On essaye de trouver notre sensibilité ensemble et pour le moment c’est super, on crée notre case. J’ai besoin que ça reste sensible et en mouvement, je ne veux pas me figer dans une idée de moi-même, je veux tout le temps changer et pouvoir rester fragile, sur le fil. On se fait confiance et je me sens encore plus libre ensemble que si j’étais toute seule. Je n’aurais pas imaginé être sonorisée un jour, jouer pour plus que 200 voire 400 personnes et rester simple, comme si je jouais dans ma chambre ou dans le salon d’un ami. Mon idée, mon envie, c’est de créer une intimité devant 1000 personnes pour voir un jour, un truc direct, spontané, instantané ! »

De la rue à la salle de 1000 personnes, on voit moins les regards ?

« Je découvre petit à petit les différences. Moins je vois les gens, plus il faut que je sois juste avec moi-même car c’est moi que je vois ! C’est avec moi que je ne peux pas tricher. Je cherche à aller de mon intérieur vers l’extérieur, à créer un dialogue. Avant il y avait une grosse part d’improvisation dans mes spectacles. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus écrits, mais je veux laisser une part d’inconnu, selon la salle, mon ressenti ...
De toutes façons, tout est né en public. Une chanson peut naître en deux ans,
inspirée des rencontres mais de plus en plus des moments toute seule. En ce moment, je cherche à me préserver des moments où je suis seule, vide, trouver le moment où le vide peut te remplir, ce qui est de plus en plus dur dans notre monde. Créer ou être créée par quelque chose, être émue. Le vide prend de plus en plus de place chez moi dans des périodes comme ça, j’organise le temps pour me vider et rester longtemps dans ce vide pour créer ... Et quand je pourrai faire des spectacles un peu plus long dans des grandes salles comme ici, je voudrais aussi partager ce temps, ce vide, ce silence avec le public, pour voir ... »

D’autres projets ?

« Oui, un projet de clown avec une amie que je devrais jouer à Paris en février ou en mars prochain. Une envie aussi d’eau, de jouer avec l’eau sous toutes ses formes, gouttes, bassines, bols, bouteilles ... Et enfin, peut-être, un disque cette année ! »

Propos recueillis et mis en forme par SF

http://liorshoov.com/fr

Deuxième partie de soirée avec Richard Desjardins

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Richard Desjardin au Quai des Arts, Rumilly
© Yannick Perrin

Il est venu avec son " char" et sa "guétard" dans cette belle salle nous faire son show.Un grand bonhomme, une immense personne, de la trempe de Ferré, Brel, Brassens. Peu connu chez nous mais un des plus grand- auteur -compositeur interprètes du Québec.

Une intro en poésie, et ces belles chansons entrecoupées d’humour et de magie poétique."Une aventure linguistique " comme il dit, même lui "ne comprend pas tout..".

Un son magnifique, une ferveur, une passion, une voix, un homme.
On ne se lasse toujours pas d’entendre sa chanson " Tu m’aimes - tu" devenu un tube dans les année 90.Et toujours d’actualité, ces chansons dédiés aux indiens Algonquins, aux combats humanistes.

Richard Desjardins c’est aussi, en plus, un réalisateur de documentaires engagés, après " Le peuple invisible" l’Erreur boréale", son dernier documentaire "TrouStory" dénonce l’histoire minière du Canada qui dévaste le sous-sol, les hommes et l’environnement. Il a eu le prix du meilleur documentaire au festival de Sept -îles au Québec.
Il a crée également une association " Action Boréale" qui a pour but de protéger la forêt boréale.

Encore Merci Richard, tu nous fais du bien. DC

http://www.richarddesjardins.com/

Image d’emblème : Eric Nouvelot.

Notes

[1voir l’article Wikipédia sur Dario Fo

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