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Antigel 2016

Nothing That Is Everything, du rien au tout, l’air de rien...

lundi 22 février 2016 par Corinne Gabriel CC by-nc

Prenez des musiciens qui n’ont pas peur de se déhancher et des danseurs qui s’aventurent dans le champ de la musique. Agrémentez de grains de folie, d’un brin de dérision et d’un zeste de naïveté. Zita Swoon est prêt à servir ! Les 11 et 12 février à Genève dans le cadre du festival Antigel, ce collectif polymorphe belge présentait Nothing That Is Everything. À sa tête, Stef Kamil Carlens, artiste plasticien de formation, connu pour avoir été l’un des fondateurs du groupe de rock dEUS.

Loufoque, bariolé, espiègle, absurde, comique, déjanté… Voilà quelques adjectifs à la volée pour décrire le spectacle auquel j’ai assisté. Tout d’abord déboussolée (j’étais en terra artistica incognita, autant l’avouer), je me suis laissée guider par l’enthousiasme des artistes qui se trouvaient devant nous, presque à portée de main, dans la salle intimiste du Lignon (Genève), et je ne l’ai pas regretté.


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Nothing That Is Everything - Photo presse
© Danny Willem

Pour cette création, le collectif s’est inspiré d’une des toutes premières performances dada, donnée en 1916 au Cabaret Voltaire de Zurich. Mouvement dada dont c’est donc le centenaire cette année. L’idée était alors de fuir le lourd contexte de la Première Guerre mondiale et ses atrocités, et de s’émanciper des conventions. Comment ? En explorant des voies artistiques nouvelles, en combinant les disciplines et en plongeant dans l’absurde. En ce sens, dada fut un grand vecteur de liberté.

Partant du constat que, sur l’échelle de la violence et de l’absurdité, la réalité d’aujourd’hui n’a rien à envier à celle d’il y a 100 ans, Zita Swoon reprend à son compte certaines techniques des dadaïstes : collage (masques cylindriques tout en hauteur ou en forme de tête de loup, par exemple) ou cut-up (découpage de textes issus de sources diverses pour les réagencer dans une nouvelle composition). Mais la traductrice que je suis aura surtout été interpellée par les jeux autour du langage. Langue imaginaire, et superposition de langues dans les paroles de chansons, d’où une impression de confusion babélienne, bien vite effacée par la convivialité régnant entre les artistes. De quoi démontrer que les relations humaines transcendent les limites du langage et sont le plus sûr chemin vers l’universalité.

Le spectacle fait la synthèse entre musique, mouvement et arts visuels. Au chapitre musical, les instruments à l’œuvre vont du piano qui se déplace sur scène grâce à ses roulettes à la guitare et à la basse, en passant par un mini piano rose, des boîtes à rythmes, et des îlots de sons mobiles équipés de haut-parleurs pour une diffusion phonique différenciée. Le spectateur a ainsi la sensation que le son vient de partout à la fois. À souligner aussi la grande créativité en matière de costumes, qui en mettent plein la vue et se renouvellent en permanence. Je repense en particulier à de grandes robes faites de tubes plastiques qui s’entrechoquent et génèrent leur propre musique..


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Nothing That Is Everything - Photo presse
© Danny Willem

L’humour tient lieu de fil rouge, avec des tableaux des plus cocasses : un guitariste qui joue de son instrument dans son dos, masque de footballeur plaqué derrière la tête ; un fuyard poursuivi par des baskets attachées à ses propres chaussures par des fils transparents ; un homme coiffé d’une maison en carton-pâte dont la cheminée laisse échapper des volutes de fumée, tandis qu’une maison miniature posée sur une voiture télécommandée zigzague autour de lui. Mention spéciale enfin au moment où quatre membres de la troupe sont assis, les mains levées, et émettent un son ou une onomatopée dès qu’un cinquième debout derrière eux touche telle ou telle main, alors qu’un sixième déclame un poème improbable dans une langue inidentifiable. Les artistes eux-mêmes peinent à garder leur sérieux – le cherchent-ils vraiment d’ailleurs ? En tout cas, leur hilarité est communicative, et la large part laissée à l’improvisation rend le tout d’autant plus savoureux. Après une bonne salve d’applaudissements, le public quitte la salle le sourire aux lèvres, avec un petit goût de retour en enfance…

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