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Stéphan Forté en solo

mercredi 17 décembre 2014 par Jean-Pierre Biskup CC by-nc

Rencontre avec Stéphan Forté à l’occasion de son passage à Lyon au Rock ‘N’ Eat dans le cadre de sa tournée de master class, présentant notamment son deuxième album solo Enigma Opera Black, un des disques de guitare instrumentale rock les plus marquants cette année au niveau national et même international.

L’aventure pour ton deuxième album en solo intitulé Enigma Opera Black a commencé… Quel est ton premier bilan à tous points de vue ? Qu’attends-tu concernant la sortie de l’album et de ce qui s’en suivra ?

L’accueil de l’album a été très bon. Je suis content de ça car je ne m’y attendais pas forcément étant donné que je n’ai fait aucun compromis musicalement, je ne me suis limité à aucun style sans me poser la question si ça allait plaire ou pas. De plus, j’ai créé ma propre structure pour sortir cet album, c’est la première fois que je le faisais, je ne savais donc pas trop ce que ça allait donner. Accueil positif donc… Après en termes d’attentes, j’espère que ça marche…

Comment peux-tu qualifier le style musical et l’univers artistique entourant cet album ? On voit qu’il y a une importance accordée à la musique mais aussi au visuel notamment avec l’artwork de l’album et ton projet de clip…

Dark… Bizarre… Vachement metal… Vraiment basé sur les ambiances… Je pense que c’est la chose principale sur cet album : c’est beaucoup plus basé sur les ambiances que sur de la guitare tout le temps et partout. Musicalement j’ai essayé de faire des choses que je ne faisais pas avant. A chaque fois que je sors un album, j’essaie d’évoluer, j’essaie de ne pas trop me répéter.


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Stéphan Forté
© Perrine Perez Fuentes

Où en es-tu aujourd’hui dans ta conception de la musique et de la guitare ?

Ma conception de la guitare change, elle évolue tout le temps. Ma conception de la musique aussi, mes influences aussi. Principalement, les grandes différences qui existent entre aujourd’hui et les débuts d’Adagio, c’est que mes influences sont plus larges et que je vais avoir moins de gêne à ouvrir ma musique à différentes influences parfois très différentes… Ça peut partir de Chopin à du dubstep, à Meshuggah… Il n’y a pas vraiment de limites en fait… Ça c’est la grosse différence.

Quelle est ta définition de la musique ? Ce qu’elle est, et ce qu’elle devrait être ?

Un moyen d’expression, un moyen de s’exprimer avec autre chose que les moyens qu’on a habituellement et naturellement comme les mots ou les gestes… C’est un autre moyen de s’exprimer. J’adore la musique, pas seulement la guitare. Grâce à la musique et à la guitare, je peux exprimer des choses que je ne peux pas exprimer autrement par des mots ou pour différentes raisons, que ce soit par timidité, pudeur. Avec mon instrument je peux dire des tas de choses. Pour moi la musique, c’est un moyen d’expression comme la peinture, comme l’art en général.

Quelle est la guitare de tes rêves ? Quels sont les éléments et innovations que tu aimerais pouvoir utiliser sur une guitare ?

Celle qui arrive bientôt… C’est Ibanez qui prépare mon modèle signature. Avant j’étais chez Lâg, on avait fait un modèle 7 cordes avec 27 cases. Mais mon rêve ça avait toujours été d’être chez Ibanez et d’avoir ma guitare chez eux. Là j’ai eu l’opportunité de pouvoir le faire et d’avoir mon modèle comme je le voulais. Ce sera une guitare 7 cordes à 27 cases, guitare de type Sabre, un manche customisé plat sans arrondis au niveau du radius, c’est pratiquement plat. Le modèle de mes rêves, c’est celui qu’Ibanez est en train de me faire.

Quels sont les styles musicaux, artistes et guitaristes qui t’intéressent aujourd’hui ?

J’écoute beaucoup de musique classique, toujours…. Beaucoup de Chopin, de Rachmaninov… D’ailleurs je crois que Chopin c’est la plus grosse influence sur cet album… Concernant les guitaristes que j’aime dans la nouvelle génération, il y a notamment ceux invités sur mon disque : Andy James, Marco Sfogli, Paul Wardingham… Je peux aussi citer Marty Friedman même s’il n’est pas de la nouvelle génération… Je peux aussi citer Daniele Gottardo, Tom Quayle… Guthrie Govan aussi évidemment… Après, je découvre des guitaristes régulièrement…

Tu fais de la musique, tu ne te poses pas de questions, tu ne fais pas de compromis, tu traces

Où en es-tu au niveau de ton matériel en dehors de la guitare (amplis, effets…) ?

J’ai deux têtes Mark IV dans mon rack, Mesa Boogie donc. Je me sers d’une des têtes pour les rythmiques, et de l’autre pour les solos. Celle pour les solos est boostée par une pédale MXR d’overdrive. Celle pour les rythmiques est boostée par une TS9 d’Ibanez. Je me sers d’un Axe-Fx Ultra que pour les effets. Après j’ai plein de modules différents que je n’utilise que pour certains effets. J’ai deux racks 14U. C’est mon ami guitar tech Laurent « Rig Es » Fouquet qui s’est occupé de tout ça, c’est lui le spécialiste à qui il faut poser des questions de matériel !

Que penses-tu de la place de la guitare instrumentale dans le monde musical aujourd’hui ?

Je n’y pense pas en fait. Parce que si je commence à penser aux limites ou aux trucs comme ça, je ne vais pas avancer. Donc je fais mon truc, et on voit quoi ! La place de la guitare instrumentale, c’est sûr que ça n’a pas une place importante comme certains styles musicaux, mais il y a un créneau, il y a des gens qui aiment ça, c’est ce qu’on appelle une niche en termes de business. C’est une niche où on peut quand même faire de l’argent et faire une carrière. Donc moi j’y crois, carrément. Le problème c’est juste qu’on a tendance à ne pas oser faire les choses… Moi ce qui m’a fait rêver quand j’étais gamin, c’était notamment les catalogues Ibanez et le côté guitar hero… C’est ce côté-là qui m’a donné envie de faire ce métier aussi. Il y a aussi un côté marketing qui est important, quitte à me faire descendre après par mes compatriotes ou quoi parce que « Forté se la raconte »… J’en ai rien à branler en fait… Je pense que si tu fais tous les efforts qu’il y a à faire, c’est jouable. Pas de devenir une mega star, mais de gagner de l’argent, de faire carrière et de pouvoir faire des choses.

Quels sont tes projets à venir en plus de la sortie de ton deuxième album solo ? Tu as le projet de partir à l’étranger ?

Justement, vu qu’en France c’est un peu compliqué, j’ai décidé de tenter l’expérience et d’habiter un peu ailleurs, là où il y a plus de contacts, où il y a plus de contacts qui se font, là où l’argent n’est pas tabou… On va voir ce que ça va donner… Je pars aussi pour fonder un nouveau groupe, qui sera beaucoup plus brutal qu’Adagio. Jusqu’à présent, j’ai toujours tout mis dans Adagio. J’ai voulu faire une carrière avec Adagio, j’ai voulu vraiment mettre le paquet là-dessus… Je me rends compte qu’avec tous les problèmes qu’on a eus pour faire ça, je ne pouvais pas faire carrière avec Adagio, et je n’en ai plus trop envie parce que mes goûts ont évolué aussi. Le nouveau groupe que je monte sera beaucoup plus brutal et « rentre dedans », plus orienté « live »…

Je pense que tu vas sûrement aller aux USA… Plutôt côté Ouest ou côté Est ?

Ouest… La grosse ville qu’il y a à l’Ouest !

Quelle est la direction que tu voudrais prendre concernant la musique et la guitare dans les années à venir ?

Le nouveau groupe est une sorte de mix entre Fear Factory, Meshuggah, et Pantera. Un « Fear Factory - Pantera » moderne, accordé plus bas avec guitare 8 cordes, avec des éléments orchestraux et dark qu’il y avait dans Adagio, mais avec une direction plus brutale. On va dire que c’est plus Pantera dans le principe de puissance et « t’en prends plein ta gueule », c’est vraiment le principe, avec un côté orchestral qui renforce la puissance et le côté noir surtout…

Et côté carrière solo, tu vas continuer ?

Oui, je m’éclate vraiment là-dedans…

On sent que c’est en solo que tu t’exprimes totalement…

Et j’en avais besoin après Adagio aussi… Ce qui s’est passé avec Adagio, c’est qu’on a eu un management, un gros manager. Comme il était un manager important avec beaucoup de connections, et qu’il s’occupait de très gros groupes aussi, on a voulu aller dans son sens… Mais son objectif c’était de transformer Adagio dans une sorte de Nightwish sans voix féminine, dans l’esprit mainstream, grand public, metal très mélodique… On a voulu essayer, mais le problème c’est qu’on s’en est dégoûté… Et au bout d’un moment, Adagio ça ne ressemblait plus à Adagio… L’album a été fait, je l’ai fait et refait, et re-refait… Et au bout de trois ans j’en avais vraiment marre… Et donc j’ai eu besoin de revenir à quelque chose de vraiment musical, et ça s’est fait grâce à mon premier album solo The Shadows Compendium. Là je me suis dit « Tu fais de la musique, tu ne te poses pas de questions, tu ne fais pas de compromis, tu traces », et à partir de là j’ai vraiment repris goût à la musique. Adagio est passé au second plan à cause de différents problèmes, notamment des problèmes de chanteur et de line up… Donc j’ai fait mon premier album solo, et je me suis tellement éclaté que j’ai fait le deuxième, avant de faire le prochain Adagio…

D’autres albums solo à venir avec des surprises donc ?

D’autres albums solo, oui. Avec des surprises, je n’en sais rien… C’est pas prévu les surprises pour le moment… Tu parles des invités par exemple ?

Je parle notamment des possibles évolutions musicales aussi…

Ben ce n’est pas calculé à l’avance… Cela dépend de ce que j’écoute, des choses vers lesquelles je vais. Une fois de plus, si les gens n’aiment pas, tant pis. C’est une démarche assez égoïste. Mais je pense que tu peux vraiment faire quelque chose de spontané et sincère que si tu es un peu égoïste dans ta musique.

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