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Cosmo Jazz 2013 : EXCLUSIF

Trilok Gurtu, interview de gourou

lundi 14 octobre 2013 par Jean-Pierre Biskup CC by-nc

Rencontre avec Trilok Gurtu quelques instants après la fin de son concert. Le maître des percussions et de la fusion entre jazz, world music et musiques d’Inde va nous parler de sa musique, de son approche musicale, de ses projets, et bien sûr du concert de son groupe actuel au Cosmo Jazz.

C’est avec un certain plaisir et une certaine émotion que j’ai pu discuter amicalement avec Trilok Gurtu dont j’ai découvert la musique pendant mon adolescence, quand j’ai écouté le trio de choc qu’il formait avec le guitariste John McLaughlin et le bassiste Dominique Di Piazza. D’ailleurs je lui ai parlé de ce trio avant l’interview, et ça avait l’air de lui rappeler de bons souvenirs. S’ouvre alors une discussion autour de la musique…

Trilok, félicitations pour le concert d’aujourd’hui et votre fantastique groupe.

Merci.

Je voudrais savoir si vous aviez joué de la musique auparavant à Chamonix ?

Non, non. C’est la première fois que je joue ici ; le public à été fantastique.

(Commence alors un échange concernant les montagnes et les Alpes qu’on voit très bien de près à Chamonix, avec une rapide leçon de géographie du collègue photographe François Blin parlant de l’Aiguille du Midi et du Mont Blanc. Trilok Gurtu semble apprécier la vue des montagnes et trouve ça incroyable.)

Et qu’avez-vous pensé de votre concert ? Ça allait bien pour vous ?

Oui, oui. Je suis cependant toujours critique envers moi. Parfois je n’aime pas ce que je joue, parfois je peux faire mieux, parfois j’aime ce que je joue. Je ne suis pas toujours content avec moi-même.
J’aime la musique. Mon unique satisfaction est de pouvoir jouer de la bonne musique après 18 heures de voyage.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album ? Quel est son contenu ? Quelles sont ses couleurs musicales ?

Le dernier album est dédié à la trompette, à Don Cherry, Miles Davis, Dizzy Gillespie. Avec aussi des morceaux écrits pour eux, je leur dédie. C’est ce que vous avez pu entendre aujourd’hui.

Votre vision de la musique semble être la fusion. N’est-ce pas ? Une sorte de fusion ?

La musique est fusion. Je ne sais pas comment appeler la musique que je fais. Certains vont dire que c’est de la world music, d’autres vont dire que c’est du jazz… Peu m’importe comment on l’appelle.

Quels sont vos liens et connexions avec les musiciens actuels de l’Inde ?

Je voyage beaucoup et rencontre des musiciens d’Inde, des jeunes musiciens notamment. Quand je vais en Inde, je joue avec des musiciens indiens. Bien sûr je viens d’Inde, je ne me souviens pas toujours des noms de tous ceux que je rencontre, mais je garde encore une connexion avec les musiciens indiens.

Quels sont les musiciens qui vous inspirent depuis des années et aujourd’hui ? Y en a-t-il ?

Je pense que c’était avant. Aujourd’hui mon inspiration vient de mon gourou spirituel Ranjit Maharaj.

Pour vous musique et spiritualité sont liées ?

Oui. J’ai écouté beaucoup de musiciens avant. Mais aujourd’hui, c’est mon maître spirituel qui m’inspire.

Vous jouez de beaucoup d’instruments : tablas, batterie, de nombreux types de percussions… Vous jouez d’autres instruments, ou vous voudriez en jouer d’autres ?


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cc-by-nc Blyo Photographie

Je joue d’autres instruments encore, mais je ne peux pas tout apporter. Je joue notamment du balafon et de plein d’autres instruments. Normalement mon set de batterie est complètement différent. Je joue avec ce qu’on me met à disposition…

(C’est alors que Marie, compagne de François Blin, fait tomber sa petite bouteille d’eau par terre, et ça a fait un bruit de percussion… Un appel subliminal pour un duo de percussions avec le maestro Trilok Gurtu ? C’est à ce moment que deux fans italiens viennent apostropher Trilok Gurtu, et un rapide échange s’engage dans la langue de Dante pour quelques félicitations concernant le concert…)

Quand j’ai écouté votre musique et quand j’ai découvert les musiques d’Inde, j’en ai beaucoup écouté comme par exemple les musiciens de Dhoad Gypsies Of Rajasthan [1] que vous avez déjà rencontrés et avec qui vous avez joué…

Oui, ils jouent de la musique folklore, de la musique traditionnelle…

Je me sens encore comme un enfant quand je joue aux tablas

Et j’avoue que j’ai été impressionné quand je vous ai écouté, car vous n’êtes pas seulement un virtuose, mais vous êtes aussi un vrai compositeur.

J’essaie, j’essaie…

Les maîtres des tablas, comme le grand maître Zakir Hussain, ne jouent pas d’autres instruments [2]. Alors comment faites-vous pour maîtriser à un tel niveau des instruments aussi différents que les tablas et la batterie ?

Parce que j’aime ces instruments. Je ne pense pas à devenir un maître, je prends plaisir à jouer aux tablas et à faire la musique que je joue. Je me sens encore comme un enfant quand je joue aux tablas, je ne ressens pas la nécessité de jouer seulement des tablas. Je n’ai pas ce genre de problèmes.

Je pense que c’est certainement pour cela que vous êtes si unique.

Je peux aussi jouer la musique indienne classique aux tablas, j’aime ça, je joue des tablas classiques. Je sens la situation, le contexte quand je joue. Quand c’est classique je joue classique, quand je dois jouer folklore, je joue folklore… Je sens et ressens quand cela est nécessaire selon le contexte musical.

Quels sont vos projets musicaux pour le futur ?

Je fais et joue pour le moment avec le groupe que vous avez entendu. Je suis aussi invité spécialement par Jan Garbarek, j’irai en Inde, et je vais faire de la musique classique, de la musique occidentale classique aussi. Je préfère miser sur la qualité plus que sur la quantité. Je préfère faire peu de concerts, mais il faut que ce soit de bons concerts. Il faut que ça me plaise. Si je ne prends pas plaisir à faire de la musique, je préfère arrêter.

Bien sûr, si vous prenez du plaisir à jouer de la musique sur scène, le public pourra ensuite lui aussi prendre plaisir à écouter…

J’aime jouer en solo. Je peux jouer en solo jusqu’à 70 ou 80 minutes. Je prends plaisir à jouer comme ça en solo. Avec le groupe, c’est différent, car je dois beaucoup contrôler : la dynamique, la composition… beaucoup de choses, trop de choses parfois !

Merci à vous pour cet entretien !

Merci !

Portfolio

Notes

[1NdlR : Jean-Pierre Biskup a joué avec un des joueurs de tablas de ce groupe (Amrat Hussain) pour un projet se rapprochant du Jazz-Rock.

[2Amrat Hussain avait dit qu’il ne jouait que des tablas et pas d’autres instruments, car les tablas demandent beaucoup de travail de manière exclusive.

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