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Denis Rodi se souvient de Michel Carvallo

jeudi 20 mars 2014 par Denis Rodi rédaction CC by-nc-sa

Si le rock se portait bien à Annecy dans les années 60, par contre au niveau jazz, c’était le désert culturel. Jusqu’à l’arrivée de Michel Carvallo, un visiteur médical, qui a décidé d’organiser dès l’automne 69 quelques concerts avec des musiciens comme Jean-Luc Ponty.

Et ça marchait plutôt bien : il rameutait le milieu médical et remplissait les salles. Les premières soirées de ce qui allait devenir l’AJA étaient donc assez bobos (on ne parlait pas encore des bourgeois bohèmes, mais je trouve que cela qualifie parfaitement ces concerts bon chic bon genre).

Avec ma bande de potes, on allait à ces concerts et souvent, en fin de soirée, on discutait avec Michel qui cherchait à recruter des bénévoles. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans Annecy Jazz Action, comme militant et bientôt comme président. Il y a eu des concerts et des moments magnifiques et forcément des galères. Les moments les plus magiques, c’est au jazz-club - installé dans les locaux du restaurant le Poulet à Gogo - qu’on les a vécus. L’endroit était magnifique, sous notre influence, la programmation et le public se diversifiaient.

Je me souviens de belles soirées avec Jean-Luc Ponty, John Surman, Christian Vander, et quelques musiciens rock comme le Suisse Patric Moraz, qui devint quelques années plus tard le clavier de Yes et des Moody Blues… Nous fûmes contraints d’abandonner notre superbe local, quelques mois après le drame du 5/7 – comme d’habitude, après avoir pratiqué le laxisme le plus navrant, les préfets et les services de sécurité faisaient maintenant preuve d’un zèle forcené.

Pour rester au Poulet à Gogo, il aurait fallu investir une petite fortune (près de 100.000 francs à l’époque, environ 120.000 euros) pour que le local soit aux normes… La ville d’Annecy refusa de nous allouer une subvention spéciale, arguant assez justement qu’ils ne pouvaient pas financer des travaux dans un lieu privé. La mort dans l’âme, nous avions quitté notre club, en sachant qu’on ne trouverait jamais aussi bien.

C’est à la Maison de l’Enfance que nous avions recommencé une programmation régulière, avec des artistes nationaux et locaux… et des projections de films. On avait créé un ciné-club L’Écran des Pingres, et on profitait de l’équipement de la salle pour proposer des soirées « Film + groupe » qui attiraient un public régulier. Il y eut aussi de beaux moments, mais malheureusement on assistait à une évolution du public pas toujours positive. On voyait de plus en plus de jeunes spectateurs se shooter, à l’éther ou autre chose. Je me souviens d’un soir où, après avoir nettoyé les lieux et notamment les sanitaires, ma femme et moi sommes rentrés un peu désespérés de voir ces gamins bien défoncés.

On avait plus l’impression d’être des travailleurs sociaux que des militants culturels. A partir de 1972, Michel Carvallo s’est radicalisé, et notre approche des événements devint assez différente. Je ne fus pas étonné quand Michel Carvallo m’annonça au retour des vacances d’été 1974 qu’il voulait retourner dans le Sud. Il en parlait souvent. Et c’est là qu’il a continué l’aventure culturelle démarrée à Annecy.

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On s’est revus à plusieurs reprises avec Michel, près d’Avignon à la fin des années 70, à Marseille, un peu plus tard, et à Annecy en 2009 pour les 40 ans de l’AJA et l’hommage à Michel Gladieux.

On était toujours heureux de se revoir, et hier quand j’ai appris son décès, je m’en suis un peu voulu de ne pas l’avoir appelé plus souvent ces deux ou trois dernières années.

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