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Un détour avec Chucho

lundi 4 avril 2022 par Franck Benedetto photographe , rédacteur CC by-nc-sa

Compte-rendu

Chucho Valdès, le Maître du piano cubain plusieurs fois récompensé pour sa musique [1] invitait pour un concert exceptionnel Yilian Cañizares, une des violonistes, chanteuses, et compositrices des plus talentueuses de la scène actuelle.
Un concert évènement, qui a eu lieu au Grand Angle de Voiron dans le cadre d’une soirée co-organisée par le festival Détours de Babel et le Voiron Jazz Festival.

Nous nous attendions au projet afro-cubain Jazz Batá accompagné de percussions, il n’en était rien. Les 2 musiciens étaient seuls sur scène pour un nouveau projet mélangeant des musiques et des thèmes empruntés à la musique afro-cubaine, latine, jazz et la musique classique. Une belle surprise.

Chucho Valdès est l’un des artisans majeurs de la fusion musicale entre musique cubaine, jazz et musique classique. Un savant mélange dont il a le secret mêlant rythmes afro-cubains et improvisations inspirées du jazz, mélangeant des variations classiques ou afro-cubaines qu’ils piochent dans le fameux montuno aussi appelé tumbao, ces fameuses variations au piano reconnaissables de tous qui caractérisent la musique afro-cubaine.
Yilian Cañizares compose et interprète elle-aussi une musique colorée, inspirée qui mélange la musique de ses origines afro-cubaines, le jazz et la musique classique.


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Chucho Valdès - Grand Angle@Voiron, mars 2022
© Franck Benedetto

Ce concert était déjà programmé en Mars 2020. J’en avais entendu parler à l’occasion de la soirée cubaine de Jazz à vienne en Juillet 2019. Une soirée où se produisait déjà Yilian Cañizares avec Omar Sosa en première partie et Chucho Valdès avec son projet Jazz Batá suivi d’un hommage à Roy Hargrove. Presque 3 ans et nous pouvons enfin profiter de cette soirée. Mon impatience était à la hauteur de cette attente.

Comme le disent les cubains : « Siempre que llueve escampa », « Après chaque pluie revient le soleil » : Ce peuple courageux a appris à rire de ses difficultés et à encaisser les coups durs avec flegme, sans perdre son sourire et sa bonne humeur pour autant. Une belle leçon de vie. Le sourire, la bonne humeur et l’émotion étaient les maîtres mots de cette soirée d’exception. Un moment qui fait du bien dans cette période difficile.

Chucho Valdès entre seul sur scène, majestueux, solaire avec une magnifique chemise colorée et un large sourire. Il avance doucement et il salue le public, les bras en croix sur ses épaules, reconnaissant et heureux d’être là, enfin, après un si long moment d’attente. Le public accueille le maître avec enthousiasme et l’applaudit.

Il s’installe au piano et attaque sur « Blue Monk », très rythmé, joyeux. Il se lance dans un solo, les doigts s’emballent. Quelle énergie et quelle vélocité. Qui pourrait croire que cet interprète de génie a fêté ses 80 ans récemment.
Il continue avec le « Boléro » de Ravel avec une interprétation très personnelle dont il a le secret.

Il poursuit avec « Besame Mucho », magnifique interprétation de ce boléro mexicain connu de tous. Il y intègre des variations harmoniques avec des phrasés tantôt jazz, tantôt classique. Il emporte le public.
Vient ensuite un hommage à son grand ami Michel Legrand avec « Les demoiselles de Rochefort ». Le public est conquis.
Une musique afro-cubaine suivie du « Prélude n°4 » de Chopin terminent cette partie du concert. Les yeux se ferment dans le public, l’émotion nous gagnent. Même les photographes s’arrêtent et profitent de cet instant suspendu.

Vient enfin le moment d’accueillir sur scène Yilian Cañizares. Le public impatient est accroché aux lèvres de Chucho Valdès qui la présente comme une source d’inspiration pour lui. Elle arrive enfin sur scène solaire elle-aussi, souriante et rayonnante, avec sa robe à volant rouge et son chemisier blanc. Le public exulte et l’accueille avec un tonnerre d’applaudissement.


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Yilian Cañizares - Grand Angle@Voiron, mars 2022
© Franck Benedetto

Ils entament une rumba « Años de Bebo ». Le thème est merveilleusement interprété par Yilian au violon, mélancolique. À la fin du thème, le piano attaque subitement le fameux montuno. Le morceau prend alors des couleurs afro-cubaines. Yilian attaque un solo coloré au violon et au chant en même temps, elle embarque avec elle tout le public. Elle est suivie par un solo au piano. Yilian regarde le maître, le relance par la voix. Elle lui arbore un large sourire et un regard complice.
Sublime instant de musique accueillit avec ferveur par un public envoûté.
Le duo enchaîne différentes musiques dont un tango élégamment interprété par Yilian Cañizares qui mélange violon et voix pendant les solos comme elle en a le secret.

Déjà un peu plus d’une heure de spectacle et les musiciens saluent le public et quittent la scène. Le public surpris lance un tonnerre d’applaudissement. La salle comble en réclame encore et c’est tout naturel. Les deux complices, un brin espiègles ne tardent pas à revenir sur scène. Comme s‘ils voulaient tester la ferveur du public présent.
Ils proposent différents morceaux latins dont le fameux « El Manisero » (« The Peanut Vendor » en anglais), chanson cubaine de la fin des années 20 qui fait partie des standards du latin jazz.

Nouveau salut, cette fois le dernier de la violoniste, sur un nouveau tonnerre d’applaudissement. Les 2 artistes se serrent l’un contre l’autre avec beaucoup d’émotions, heureux d’être là, enchantés de partager encore une fois ces moments de musique avec le public. Chucho Valdès raccompagne galamment Yilian Cañizares en coulisse et il revient seul sur scène pour un dernier morceau en apothéose.
Cette soirée se conclut par un salut du maître, un signe de croix sur le cœur et les mains jointes en guise de remerciement. Nous aussi il nous a touché en plein cœur. Il quitte la scène avec un pas de danse avec un air de dire « bon pied bon œil, à très vite », comme un clin d’œil, et il rejoint en fond de scène Yilian Cañizares qui l’attend rayonnante.

Cette soirée restera gravée dans mon cœur et mon esprit.

Notes

[1Lauréat de six Grammy® et de quatre Latin Grammy® Awards

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