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La Belle Électrique

Jay-Jay Johanson, une pop planante qui nous enveloppe et nous protège

mardi 31 octobre 2023 par Claire Cholier rédaction , Sébastien Cholier photographe CC by-nc-sa

Pendant près de deux heures, Jay-Jay nous a offert ce qu’il sait faire le mieux : une pop tripante et tourmentée et nous a permis de rester à l’abri du vacarme du monde.

Après une première partie douce et mélancolique assurée par Claire Days, Jay-Jay arrive sur la scène, vêtu de noir et chaussé de baskets compensées. Il démarre immédiatement son récital avec le titre « So tell the girls I am back in town ».


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L’ambiance est planante et le restera pendant toute la durée du spectacle. Jay-Jay chante d’une voix à la fois sûre et douce accompagné d’un clavier et d’un batteur. Pendant près de deux heures, il va enchainer les titres issus non seulement de son dernier album Fetish mais également de ses précédents opus. En arrière-fond, défilent des images en noir et blanc représentant des foules anonymes, des grandes villes, des routes saturées, des chaines de production, des tempêtes, des chars…

Toutes ces vidéos mettent en évidence l’aspect trépidant et déshumanisé de notre société actuelle (On pense d’ailleurs à la fameuse scène des Temps Modernes de Chaplin). Face à ce déferlement de violence, face à cette déshumanisation, Jay-Jay reste stoïque et continue à nous régaler de ses balades mélancoliques et de sa pop raffinée. Titre inclus sur sa dernière galette, « Jeopardize » nous fait penser à certains titres de Sade (« Sweetest taboo ») ; « Finally » démarre avec un extrait de la 3e symphonie de Brahms et fait également référence à Gainsbourg qui a utilisé cette mélodie sur « Babe alone in Babylone ». L’amour est toujours tourmenté : « I should tell her that I love her but I don’t dare” ; “it’s not easy to say good bye” ; “I could not be the one for you”. Les images d’arrière-fond continuent à nous déverser leur lot de catastrophes, de désastres et d’explosions ; et Jay Jay impassible continue à chanter la tristesse, la distance (« she doesn’t live here anymore »), l’amour non correspondu (« She’s mine but I ‘m not hers »)

Soudain, je me rends compte que certains personnages sur le clip sont filmés à reculons et je me demande pourquoi. Après quelques minutes de réflexion, il me semble que j’ai trouvé un semblant de réponse : face à cette société déréglée et déshumanisée, certains individus essayent d’aller à contre-courant de ce rythme fou qui leur —qui nous— est imposé.
Avec ses chansons trippantes et sa pop tourmentée, c’est exactement ce que fait Jay Jay. Il maintient une forme de résistance et met l’humain et les sentiments au centre de tout. Cela peut paraitre dérisoire et ça l’est, assurément mais cela fait aussi du bien et nous maintient dans une sorte de cocon à l’abri du vacarme et du tumulte (en espagnol, on parle du mundanal ruido)

L’espace d’une soirée, nous avons été en pause du monde extérieur.

Portfolio

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