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Les déracinés, une saga

mardi 16 mars 2021 par Delphine Vuaillat rédaction CC by-nc-sa

Chronique

J’entendais parler depuis un moment du roman Les déracinés de Catherine Bardon. je me suis donc lancée dans ce pavé qui suit la destinée d’Almah et Wilhelm, un couple juif autrichien vivant à Vienne, avant la Seconde Guerre Mondiale et qui voit son pays changer sous l’influence néfaste du nazisme.

Les déracinés

De leur coup de foudre lors de leurs années d’études au départ de leur fille 30 ans plus tard, la vie de ce couple fou amoureux est une véritable épreuve. Devant quitter l’Autriche de peur d’être déportés, ils séjournent malgré eux en Suisse durant 1 an dans un camp avant de pouvoir filer direction Lisbonne.
Leur rêve de rejoindre les USA et la sœur de Wilhelm est rapidement sapé par les organisations juives qui organisent leur exil. Les USA ont déjà accueilli trop d’Autrichiens, ils doivent se rabattre le cœur gros sur une autre destination…Lorsqu’on leur propose la République Dominicaine, qui est en recherche de colons pour développer un secteur de l’île, ils acceptent plus par dépit que par envie. L’idée de devenir agriculteurs, eux issus de milieu bourgeois (lui journaliste, elle dentiste) ne les enchante absolument pas et ils ne voient pas en quoi ils seront utiles. Mais mieux vaut tenter cette expérience, plutôt qu’être renvoyés en Autriche et être déportés.

Ce roman fleuve très documenté par une auteure qui a vécu longtemps en République Dominicaine, se dévore. J’ignorais que ce projet mis en place par le dictateur dominicain avait existé. J’ai donc découvert un pan de l’histoire d’une partie de la diaspora juive, qui s’est donc vu offert des terres (difficiles à cultiver évidemment) aux Caraïbes et qui a monté des kibboutzim en parallèle de ceux créer en Israël. Les familles de pionniers qui acceptèrent ce marché ont donc vécu une expérience surprenante qui malgré les difficultés sur place et les compromis avec le dictateur dominicain, leur a permis de sauver leur peau et envisager leur avenir plus sereinement.

Un très beau roman, un formidable portrait de femme solaire, déterminée et courageuse : le personnage d’Almah est fabuleux ! J’ai adoré le premier tome de cette saga qui se poursuit avec l’Américaine.

L’américaine

L’Américaine suit le parcours de Ruth, la fille d’Almah et Wilhelm.
Nous retrouvons la jeune fille en 1961, prête à quitter son île natale : la République Dominicaine, pour New York. Libre de réussir là où ses parents ont été refoulés durant la guerre, elle débarque sur le sol américain avide de commencer ses études de journalisme.

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Logeant chez sa tante en plein Brooklyn, elle découvre peu à peu cette ville très animée. Heureusement, elle peut compter sur son nouvel ami Arturo jeune musicien, fraîchement rencontré sur le bateau entre les Caraïbes et les USA. Avec lui, elle cède à la nostalgie et peut parler en espagnol. Car, Ruth malgré sa blondeur reste une étrangère, originaire des îles, aux racines autrichiennes et juives. Le décalage avec bon nombre d’étudiants de son université se fait sentir et là encore, elle rencontre Deborah une jeune fille de l’Iowa, qui ne se laisse pas impressionner par cet univers BCBG, où les clans et les bonnes familles règnent…

Ce second tome s’attache à la jeune génération qui va vivre de grands bouleversements durant les années 60 : Kennedy, guerre du Vietnam, tensions dans les Caraïbes à Cuba puis en République Dominicaine, Martin Luther King, lutte pour les droits civiques, apogée du rock’n’roll, hippies, contestations étudiantes, Underground…Ce roman ne traite que de 6 années dans la vie d’étudiante et de jeune femme de Ruth, mais il se passe tellement de choses qu’on a l’impression d’avoir traversé une décennie.

La destinée très changeante et instable de Ruth y est aussi pour beaucoup. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette jeune fille se cherche et dans sa quête de liberté, va connaître de grandes désillusions : perdre un être cher, découvrir la maternité en solo et partir découvrir un autre pays : Israël.

Une lecture agréable et en demi-teinte, qui perd un peu de son charme par rapport au tome 1.

Peut-être est-ce du au personnage principal un peu perdu, qu’on ne sent jamais vraiment motivé et enthousiasmé par ce qu’elle vit...Peut-être aussi que le souvenir laissé dans l’esprit du lecteur par Almah, ce magnifique personnage de mère si déterminée et passionnée marque au fer rouge cette saga.

Malgré tout, j’ai envie de découvrir le tome 3 ; donc tout n’est pas perdu !

Et la vie reprit son cours

Après Les Déracinés et l’Américaine, Catherine Bardon livre le 3me tome de sa saga. Et la vie reprit son cours, suit Ruth de retour en République Dominicaine après ses désillusions américaines et israéliennes.

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Bien décidée à être heureuse, à savourer la douceur de vivre de son paradis tropical, elle entreprend de relancer le journal fondé par son père. Celui-ci vivote, mais les activités de la famille Rosenheck étant florissantes (surtout celles de son frère), elle se consacre à sa fille et rencontre celui qui va devenir son futur mari. Médecin marié et frère d’Arturo, celui-ci se hâte de défaire son mariage sous le regard désapprobateur de sa famille dominicaine très conservatrice, lâche son emploi et part rejoindre Ruth à Sosúa. Il décide de s’investir dans la mission humanitaire lancée par Almah et épouse Ruth.

De son côté, Almah se détache de ses enfants, part plusieurs mois en Israël et retrouve une vieille connaissance...

Ce 3me tome relance la saga qui s’était essoufflée lors du second tome. Nous retrouvons Ruth sereine et déterminée, Almah, Frederick et sa famille, Lizzie en sale état, mais aussi Arturo et Nathan (relégués au second plan) et de nouveaux personnages qui intègrent ce casting pour former une belle famille recomposée durant les années 60/70...

J’ai aimé ce 3me tome, j’y ai retrouvé le mouvement insufflé lors du 1er opus. Je l’ai même trouvé trop court ! Il faut dire que certains personnages secondaires prennent leur place et qu’on aimerait en apprendre plus à leur sujet...
Probablement, ceci sera chose faite dans le 4e tome à paraître le 8 avril, sous le titre Un Invincible été.

Toujours aussi plaisant à lire !

Ces chroniques ont été préalablement publiées sur le compte Instagram Booktonlivre, merci à Delphine.

Portfolio

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