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MoE à Cave 12

Sous le signe de la foudre, du feu et de l’excellence du son

jeudi 13 janvier 2022 par Tom Rad-Yaute rédacteur CC by-nc-sa

Compte-rendu

Le trio norvégien MoE est un cas à part, un électron libre qui fait le lien entre squatts punks et salles de musiques d’avant-garde et improvisées, voire lieux d’exposition d’art contemporain. Pas étonnant, dans ces conditions, de les voir tisser un lien privilégié avec l’incontournable salle de musique expérimentale genevoise Cave 12.

Ce qu’on va voir ce soir, c’est le résultat de trois jours de répétitions avec Romain Simon, batteur de Headwar -– un set composé de nouvelles créations et de morceaux que le groupe a demandé à Romain de piocher librement dans sa discographie bien fournie. L’enchaînement de circonstances qui a mené à la rencontre avec Romain est assez complexe : Joakim, le batteur officiel du trio, qui décide de faire une pause, Havard (guitare) et Guro (voix et basse) qui partent sur les routes de France en pleine épidémie de Covid pour une tournée en formule portative tout-terrain ultra-légère guitare-basse-sans-batterie-avec-sono-à-l’arrière-du-van, la rencontre avec Romain qui est aussi programmateur à l’Accueil froid à Amiens et leur propose de les accompagner à l’occasion et enfin une poignée de salles – les Instants chavirés à Montreuil et Cave 12, donc -– qui veulent bien offrir un refuge au groupe pour qu’ils montent leur set.
Bref, la vie n’est pas tout à fait de tout repos -– mais, de toutes façons, le repos n’est pas précisément l’affaire de MoE et les Norvégiens sont ravis de jouer leur première date de l’année ici, « sous le signe de la foudre, du feu et de l’excellence du son », comme le déclare la bassiste-chanteuse aux boucles blondes et à la longue robe blanche.

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MoE
© Olivier Jacquet

Le début du set fait la part belle à l’une des facettes du groupe : le doom massif, lourdingue, lancinant et expérimental. Un corps à corps physique sur lequel Guro déroule son chant unique, mi-sussuré, mi-hurlé. Contorsions, convulsions de serpent qui passent d’intonations innocentes de petite fille à des invocations monstrueuses dans la même phrase.
Certains de ces titres abandonnent parfois carrément la batterie au profit de dispositifs vocaux étranges — la voix de Guro qui grince, crisse, se tend à craquer, Phil Minton n’est pas loin — ou de bidouillages électroniques viciés. MoE, c’est un groupe qui expérimente sans cesse avec la forme de sa musique, qui travaille le son comme une pâte jusqu’à faire perdre leurs contours aux morceaux, jusqu’à effacer les repères pour mieux plonger dans l’inconnu, pour remodeler ou transfigurer la matière sonore.

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MoE, Havard
© Olivier Jacquet

La deuxième partie de ce set assez long est, elle, parsemée de morceaux beaucoup plus nerveux où le groupe accélère le tempo et propose un mélange qui lui est assez personnel. Le noise-rock croise des éclats de psychédélisme, s’entrechoque avec le punk - voire carrément des relents de hardcore trash : pensez Heresy, Siege, Ripcord. Fuck yes ! « Wild Horses », « Sex is a lie », « Let them dance » : succession de tubes MoEsques imparables. Dansants, déstructurés, déchaînés, qui font monter la pression, agissent comme une secousse électrique sur le public présent.

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    MOBY DICK

    Guro et Havard créent sur scène la musique de ce spectacle de la compagnie Plexus Polaire (mise-en-scène Yngvild Aspeli) mêlant théâtre, marionnettes et vidéo à l’affiche du Théâtre Forum de Meyrin jeudi 13 et vendredi 14 janvier.

Et comment en serait-il autrement ? C’est bien simple : quand MoE décide de faire le rock, ce groupe hors norme le fait mieux que personne !

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