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Montreux Jazz Festival 2022

The Smile distille sa magie à Montreux

vendredi 2 septembre 2022 par Nathalie Mastail-Hirosawa rédacteur , Olivier Miche rédacteur CC by-nc-sa

Compte-rendu

Nouvelle étape avant-gardiste et surprenante du parcours de Thom Yorke (au parcours si varié et avec des changements radicaux à la hauteur des réussites engendrées), voici The Smile. Fans de la première heure, nous avons donc sauté sur l’occasion de voir en live ce side project de Radiohead, né durant le confinement en 2019 à l’initiative du génial Jonny Greenwood. Cette nouvelle formation est l’occasion pour lui de développer d’autres formes musicales avec Thom Yorke. Le batteur Tom Skinner, venu du Jazz avec entre autres projets Sons of Kemet, est venu se greffer sur cet ensemble produit par le légendaire et fidèle producteur de Radiohead : Nigel Godrich.

Est-il bien nécessaire de vous présenter Thom Yorke : leader charismatique des légendaires Radiohead (et à notre sens, meilleur groupe au monde) avec sa foisonnante carrière et sa voix enivrante, émouvante, angélique ? Thom seul ou en groupe sait mieux que quiconque nous prendre par surprise, être là où nous ne l’attendions pas. Et c’est bien ce que the Smile à Montreux va nous délivrer ce soir.

Dans la torpeur extérieure d’un été étouffant, nous sommes soulagés d’entrer dans cette salle presque fraîche, bien que pleine à craquer. Le public est debout, il ne reste presqu’aucun espace pour se faufiler vers l’avant-scène. Après un raccourci « VIP » (merci au vigile et merci Rictus) nous arrivons à contourner la masse humaine et nous nous retrouvons au premier rang, un peu de côté, mais face à un salvateur ventilateur.

Minute de souvenir : nous voilà dans la petite salle du Montreux Jazz (Le Lab), voisine de celle du mythique concert de Radiohead, il y a presque 20 ans, en 2003.

Robert Stillman, première partie de la tournée des Smile, est sur scène enveloppé des boucles sonores de son saxophone, de son synthé modulaire qu’il accompagne de sa voix. Nous arrivons pour le dernier morceau, mais pas question de bouger pour aller au bar pendant la pause : partir c’est risquer de se retrouver en fond de la salle pour ceux que nous sommes venus voir yeux et oreilles grands ouverts. Le moment tant attendu arrive enfin : Thom, Tom et Johnny sont sur scène. Nous rêverions d’y voir aussi Colin Greenwood, Ed O’Brien, Phil Selway et même Nigel Godrich, mais ce soir nous aurons bien assez avec The Smile qui seront tout aussi prolifiques.

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The Smile - Montreux Jazz, juillet 2022
© Marc Ducrest

Le concert commence avec « Pana-vision » et la magie opère instantanément, la voix céleste de Thom résonne sur des accords de piano. Le son, comme toujours à Montreux, est excellent. La batterie de Tom Skinner est limpide et lourde à la fois. La guitare torturée de Jonny est cristalline. Le son est d’ailleurs si pur qu’une fille du Staff se fait copieusement « chut-chut-er » par le public parce qu’elle parle trop fort : ce n’est pas elle que nous sommes venus écouter.

« Thin Thing » ensuite laisse l’occasion à Jonny Greenwod de nous montrer son unique et inimitable jeu de guitare. Thom à la basse danse, sourit, il a l’air heureux d’être là et nous aussi ! Tom Skinner nous rappelle qu’il vient de l’univers Jazz sur la rythmique de « The Opposite ».
 « Speech Bubbles » est une plage de calme dans ce concert entêtant, nerveux et proche de la transe. Nous frissonnons de délice lorsque les nappes de « Free In The Knowledge » nous atteignent, sans doute un des morceaux le plus proche du style Radiohead, présent sur ce premier album des Smile, A Light for Attracting Attention.

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The Smile, Tom Skinner - Montreux Jazz festival, juillet (...)
© Lionel Flusin

Le groupe enchaîne sa set list : « A Hairdryer », « Wawing a White Flag » avec ce synthétiseur Moog joué à la perfection par Tom. C’est un nouveau groupe, mais la richesse de leurs expériences conjointes transparaît à chaque nouveau morceau : ils sont professionnels, maîtrisent ce qu’ils font et nous le transmettent généreusement.

Robert Stillman revient sur scène pour « Colours Fly ». Il chante avec Thom, boucle son saxophone, dans une montée en puissance sonore totalement hypnotique. Nous sommes en transe, la salle toute entière est dans un état second. Pour « We don’t know what tomorrow brings », Jonny prends la basse, Thom est au synthé, pour la première moitié du morceau, qui se terminera dans un grondement post-rock.

Retour d’une atmosphère Radioheadesque avec « Skirting on the surface », suivi d’un « Bodies Laughing » qui n’est pas présent sur l’album. Puis « The Smoke », et « You Will Never Work in Television Again » donne le ton d’un final puissant. Pour les rappels, nous sommes encore gâtés avec « The Same », le son en ostinato est entêtant, prend lentement de l’ampleur, gronde, enfle, c’est beau : nous aimerions que ça ne s’arrête jamais.

La surprise du soir, « Bending Hectic », est un morceau joué pour la première fois en live : Thom n’est même pas sûr de se souvenir des paroles. Le début est tout en douceur mais progresse en intensité pour permettre encore une fois à Greenwood de maltraiter sa six cordes et nous régaler les oreilles.
L’énergique et dansant « Just Eyes and Mouth » servira de catharsis finale, Thom se tortille et danse sur ce morceau qui ne figure pas sur l’album. Il est temps de leur dire au revoir, Thom revient encore pour l’unique morceau de sa discographie personnelle : « Feeling Pulled Appart by Horses ».

Nous espérons bien ne pas attendre 20 ans de plus pour revoir : The Smile, Thom Yorke et/ou Radiohead. Une chose est sûre ce side project, loin d’être anecdotique, montre un potentiel créatif sans limites. Et ses têtes pensantes n’ont pas fini de se réinventer et de nous surprendre.
Dernière cerise sur le gâteau à la sortie du bâtiment : nous croisons Robert Plant sur le trottoir. Oui, la magie de Montreux c’est ça aussi !

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