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Vague noire sur les Docks

jeudi 18 novembre 2021 par Anne Von Klüz CC by-nc

précedemment

Toute une faune sombrement vêtue s’est réunie Samedi 6 Novembre aux Docks de Lausanne pour la soirée Post-Punk réunissant Film2, Hante et le duo Lebanon Hanover. Il y a foule ce soir, des gens de tous les styles, de tous les âges, de vingt à plus de cinquante ans.

Je reconnais quelques visages croisés la semaine dernière [1] aux Caves du Manoir à Martigny. Faut dire que la rentrée musicale dans le style darkwave a été bien chargée pour les « corbeaux » et ce n’est pas pour me déplaire ! Certains oiseaux de nuit ont sorti leurs plus beaux atours pour l’occasion, tenues en vinyles, dentelle ou velours, corsets, grosses chaussures compensées, make-up bien travaillé, ça fait plaisir et longtemps que je ne n’avais pas vu autant de monde dans ce genre de soirée.

Nous arrivons à la fin du premier concert assuré par Film 2, entendu juste un morceau mais ça avait l’air bien énervé et barré dans le style krautrock.



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Changement de plateau et place à la musique électro d’Hante, le projet solo d’Hélène de Thoury de Minuit Machine. J’ai découvert ce duo féminin durant le confinement grâce à un live filmé à l’ère — frustrante et révolue j’espère — des concerts virtuels. Ce live bien nommé Sainte Rave a eu un certain impact. Des centaines de milliers de vues, à tel point, qu’elles l’ont récemment sorti sur disque, l’édition vinyle a vite été sold out. Rien d’étonnant, leur musique est ultra efficace, sombre, répétitive, dansante. Je me suis plus d’une fois retrouvée à danser dans mon salon en l’écoutant.

On retrouve ces ingrédients imparables dans la musique d’Hante qui a bien chauffé et fait se dandiner la salle en distillant sa darkwave sensible et personnelle. Elle enchaîne les titres de son dernier album Morning Tsunami, certains morceaux sont en anglais, d’autres en français. Elle livre ses états d’âmes dans ses paroles : impression de vide et d’oppression « je ne ressens rien, je manque d’oxygène », des textes plus naïfs sur l’amour. Le public s’est montré bien réceptif à son live, elle semble surprise d’un tel accueil et nous remercie chaleureusement à la fin de son set. On la verra ensuite au stand de merch’, bien ouverte à la discussion et signant quelques disques.

 


Place aux têtes d’affiche, les Lebanon Hanover. Le duo composé de Larissa Iceglass et de William Maybelline fait son entrée sur scène, elle à la guitare, lui à la basse et entre eux trône une boîte à rythme. Ils ont sorti leur sixième album Sci-Fi Sky — celui que je connais le plus — pendant la pandémie mais leur prestation de ce soir ne se limitera pas aux titres de ce dernier opus.


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Ce qui m’étonne après quelques morceaux, c’est la dualité et en même temps la complémentarité de leur prestation scénique. William Maybelline bouge pas mal, avec ou sans sa basse, va au contact du public, nous fixe du regard. Il est capable de chanter dans des registres différents : mélodique sur « Golden Child », parfois d’une façon plus gutturale, jusqu’à des cris hargneux. Tout en lui, dans sa façon de jouer, de chanter, de prendre possession de la scène exprime une certaine rage. Le style de la Suissesse Larissa Iceglass est plus éthéré, statique, sa façon de chanter plus linéaire presque monotone. On retrouve finalement sur scène, la même répartition des rôles que dans leurs clips ( des vidéos assez arty d’ailleurs).

Elle tentera une sorte de chorégraphie sur leur tube « Gallowdance », s’enroulant les bras avec le câble du micro comme un clin d’œil au clip où on la voit danser dans un champ avec une corde autour du cou. Symbole de potence qui est aussi le logo du groupe. « Gallowdance » a clairement été un des temps fort du concert, le public a reconnu le morceau dès les premières notes.

« Totally Tot » scandé par William Maybelline a aussi déclenché un bon mouvement de foule, le seul pogo de la soirée d’ailleurs. La version live est bien plus indus, martiale que l’originale. La prestation bien dark bien goth’ de « Digital Ocean » me clouera aussi littéralement sur place. La puissance émotionnelle, la mélancolie de leur darkwave se décuple en concert, le public en redemandera encore. On aura droit à un rappel de deux morceaux dont l’entêtant et mélodique « the Last thing » en dernière vague chanté par Larissa Iceglass avec sa voix profonde et douce à la fois « I’m collapsing, breaking down... I’m collapsing, just now ».

Clap de fin puis changement de salle et d’ambiance avec deux dj’s qui clôtureront cette nuit dans un style plus éclectique, peut-être trop éloigné d’ailleurs de la tendance et tonalité sombre de la soirée. Cela n’empêchera pas les (jeunes) oiseaux de nuit de danser quand les vieux corbeaux rentreront se coucher.

Les photos illustrant cet article ont été réalisées dans le cadre du magazine Daily Rock, par Alex Pradervand. Merci à eux pour l’autorisation d’utilisation

Notes

[1Un concert d’Agent Side Grinder a eu lieu aux Caves du Manoir de Martigny, le 31 octobre 2021

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