> Mag > Musique > Smutt, punk-rock à bloc en stock
Avec son premier album, Chamois, le combo annecien Smutt livre une solide cargaison de punk-rock libertaire, terre-à-terre et taillé pour botter les culs.
Il aura mis un peu de temps mais il est finalement là, ce premier album de Smutt, emballé dans une jolie pochette rouge dont le graphisme est une variation sur le thème des deux premiers EPs : à coup sûr un truc pour fidéliser le collectionneur et faire flamber les prix sur Discog — hé hé, malins !
Ca commence sur les chapeaux de roue avec "Dog", un morceau de punk-rock abrasif bien torché à l’inflexion mélodique efficace, un des meilleurs titres du disque, peut-être. Le rythme ne faiblira pas trop, en tous cas, tout au long des treize titres – enfin « long », façon de parler, seuls deux titres passent difficilement la barre des trois minutes.
Selon les morceaux, le punk-rock de Smutt oscille entre deux pôles. Sur certains titres, le rock’n’roll sale et speedé affleure méchamment sous le vernis punk distordu. Conduits par la voix mâle et entraînante de Ben, ils rappellent un peu les frangins de Youth Brigade (ceux de Better Youth Organization). La voix, d’ailleurs, acquiert ici une présence et prend une place qu’elle a parfois du mal à avoir en concert, avec même des accents rugissants à la Mouss sur « Void shell », le dernier morceau, qui sonne comme un hommage au chanteur du groupe trop tôt disparu – le disque lui est d’ailleurs dédié.
Ailleurs, le propos se durcit encore et fait davantage penser au early hardcore moite façon Black flag ou Seven seconds. Des titres coups de poing où le groupe crache et s’époumone contre la bêtise, les attitudes, la passivité, les consommateurs, les poseurs, les parvenus, les prétentieux, les prétendants, ceux qui s’y croient et celles qui s’y voient déjà et te regardent comme si t’étais tout en bas — basique, c’est sûr, mais qui fait tellement de bien, aussi.
Quoi qu’il en soit, le son est bon : basse-batterie épais mais bien dynamique et guitares tranchantes – la mention « enregistré par Steve D’Albigny » n’est pas totalement usurpée même si, cette mention, ils auraient clairement dû la coller sur la pochette sous la forme d’un sticker jaune – et, là, je pense qu’il y a tout de même une petite erreur niveau communication.
Finalement, même si cela fait partie du concept, le seul reproche qu’on pourrait peut-être faire à ce disque, c’est son style très homogène. Sur « Big thumbs » le riff de guitare minimal pourrait presque rappeler des ambiances rigides à la Gang of four et on se dit que, au vu de sa maîtrise de la grammaire punk-rock, le groupe pourrait largement aller voir un peu ailleurs — sans pour autant risquer un instant de perdre son identité ou de son mordant.
Smutt, Chamois (Alps crétins records, Pigmé Records, Stryckhnine Recordz & Urgence Disk Records - mars 2025)
A lire aussi : Smutt sur Rad-Yaute
« Dernière salve » (Smutt – Poulpe, 2 nov.)
« La rentrée des punks » (Nurse, Smutt – Rocailles, 16 sept.)
« Racaille du DIY » (Catalgine, Deaf lingo, Smutt – La spirale, fév.)
« Solides bolides » (Smutt, Korto – Café Chateau-rouge, 20 mai)
« Comme à la maison ! » (Nevraska + Smutt – 24 janvier 2015, Alterlocal)
et
« Punk au chapeau » : une interview avec Olivier Lowlight (PART 1 & 2)
Voir aussi…